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  <title>Julien Salaud - Influences, thèmes, analyses de Jules</title>
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  <description>Julien Salaud, artiste peintre, illustrateur, graphiste, plasticien.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Tue, 19 Aug 2008 13:43:28 +0200</pubDate>
  <copyright>© Julien Salaud</copyright>
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    <title>Kiki Smith</title>
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    <pubDate>Sat, 07 Jul 2007 19:01:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Je crois qu'on peut dire que son travail m'a influencé... Ou plutôt il m'a révélé certaines choses...&lt;br /&gt;J'ai écrit ce &lt;a hreflang=&quot;Fr&quot; href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/05/23/392-perspectives-corps-machines-construction-de-limage-construction-du-mythe-dans-luvre-de-kiki-smith-episode-3&quot;&gt;texte courant mai 2007&lt;/a&gt;. En voici l'intégralité, sans faute d'orthographe (normalement !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En voici un PDF, téléchargeable dans les annexes en bas de ce post. Bonne lecture, et n'oubliez pas de regarder les images !&lt;/p&gt;</description>
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'art et le religieux dans ma pratique. EPISODE 6. FIN.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/05/08/380-l-art-et-le-religieux-dans-ma-pratique-episode-6-fin</link>
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    <pubDate>Tue, 08 May 2007 11:45:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>Dernière partie de ce devoir fort long... Ca finit assez maladroitement, mais ce sera la base d'un autre texte (encore plus long !) que je devrai sans doute rédiger cet été....    En décembre dernier, j’ai écrit la réflexion suivante sur une incitation de François Jeune : &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2006/12/20/290-les-mots-dans-ma-peinture-et-le-reste&quot;&gt;&lt;em&gt;« Les mots dans la peinture »&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Le sens : voilà ce qui m’importe dans le langage et les mots. Définitivement, je crois pouvoir dire que le sens de la peinture (ou du dessin) me convient bien plus que le sens du verbe :&lt;br /&gt;
La langue française me pose problème dans une certaine mesure parce qu’elle fonctionne trop sur la différenciation, sur la dualité. Le bien/le mal, la vie/la mort, l’ordre/le chaos s’opposent dans notre langage et sont affublés d’une valeur, alors que le tout qu’ils composent n’a pas de nom… Est-il vraiment pertinent de séparer la vie et la mort, le bien et le mal, l’ordre et le chaos ? Pourquoi cette absence de mot pour les entités que l’un et l’autre forment ?&lt;br /&gt;
Si je suis méfiant du langage parlé ou écrit, c’est sans doute parce qu’il est réducteur dans le sens de ses mots. Les mots (d’aujourd’hui en tout cas) sont petits, restreints à un sens unique qui bien souvent manque d’envergure, mais surtout ils disparaissent lorsqu’il s’agit d’entrer dans le domaine qui m’intéresse, la Chose sans Nom dont personne ne veut parler, celle qui me semble être le plus puissant de tous nos tabous (ce qui explique sans doute que je crypte mes travaux : respecter un tabou verbal vaut mieux que d’être lapidé sur la place publique !).&lt;br /&gt;
Dans la peinture, une chose est sûre : noir + blanc = gris. Il est donc possible de réunir par la peinture deux entités que le langage commun aura tendance à opposer. Je vois là une porte d’entrée dans le fameux domaine sans Nom, et je pense qu’il s’agit là d’une des principales problématiques qui sous-tendent mon travail.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je me suis d’abord positionné du coté des images pour m’engager sur un cheminement qu’en tant qu’athée je n’avais pu faire par la voie du religieux. Mais c’est ensuite devenu un autre dessein : celui de participer à mon humble échelle à l’équilibre entre les représentations de Vie et de Mort (celui qui est au cœur de toutes les querelles autour des images à travers les époques et les lieux), surtout dans une France postmoderne qui penche franchement du coté de la première. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà enfin un autre texte imagé (de fin novembre, écrit pour mon blog) dans lequel je posais l’intuition que j’avais alors sur la façon dont cela pouvait s’envisager :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Si l'humanité était une terre, les artistes en seraient les volcans.&lt;br /&gt;
La création serait une irruption, les œuvres d'art un magma qui en se répandant brulerait les vieux champs et redessinerait les paysages…&lt;br /&gt;
Des terres modifiées et fertilisées où la végétation pourrait de nouveau s'enraciner, sans doute la même mais autrement agencée.&lt;br /&gt;
... Parfois même de nouveaux ilots sortiraient de l'eau.&lt;br /&gt;
Bref, les productions artistiques seraient autant d'irruptions de la conscience collective... Et l'art le lieu initiateur de ses mutations.&lt;br /&gt;
C'est un idéal sans aucun doute. J'aimerai l'approcher.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Là intervient la notion d’inconscient collectif et ses interférences avec l’Art. A ce niveau, j’ai été assez enrichi par la rencontre récente avec la peintresse Zeyno Arcan : nous avons actuellement correspondance mailistique qui m’a ouvert beaucoup de voies de réflexion… mais portant sur un tout autre point :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant toute l’année dernière et à partir d’Imago, je me suis donc attelé à ranger les données et construire mes propres croyances, ma propre mythologie, mais cette fois-ci en me replaçant dans la société et le temps de la France actuelle au niveau des similitudes : &lt;br /&gt;
C’est l’environnement idéologique de mon enfance, cette culture de la différenciation à outrance couplée d’une spiritualité quasi-inexistante qui m’a mené à la crise identitaire que j’ai traitée par l’exil et la pratique artistique. Cette crise, qui touche malheureusement beaucoup des jeunes vivant en France aujourd’hui, est le plus français de mes fondements. Voilà comment j’ai pu commencer à me sentir français métropolitain, pour la première fois de ma vie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai alors peint mes échographies (&lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-cartographies-2005-en-cours&quot;&gt;Première page de la galerie des Echographies&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-cartographies-2005-en-cours/2#gallery&quot;&gt;6 premières images de la deuxième page&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Et puis cet été, mon jeune et unique frère est mort dans un incendie. C’est notre ami wayana Aïku qui a géré la cérémonie de l’enterrement, et m’a aussi ouvert d’une certaine manière au monde des rêves.&lt;br /&gt;
Dans ce contact direct à la mort (celle d’un être cher c’est un peu la sienne sauf que l’endeuillé survit), ma nouvelle foi en cours de construction s’est avérée inefficace justement parce qu’elle n’était, à ce moment précis, qu’individuelle… On peut théoriser tout ce qu’on veut sur la mort et la représenter dans des images acidulées, mais quand on l’a en face et si on est construit sur le modèle de l’individualisme, le deuil est une véritable solitude. Une autre épreuve…&lt;br /&gt;
Cette deuxième année à l’Université, je l’ai passée à essayer de représenter mon frère, aidé de Messieurs Jeune et Danétis mais &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-cartographies-2005-en-cours/4toilesanstitre4#gallery&quot;&gt;la douleur&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-cartographies-2005-en-cours/lacolerechezlafemmemoderne3#gallery&quot;&gt;la colère&lt;/a&gt; ont été deux véritables ennemies… Voici un petit &lt;a href=&quot;http://www.julien-salaud.info/blog/index.php/2007/04/16/360-pigeon-vole-1&quot;&gt;texte écrit sur une tentative de Novembre dernier&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;En novembre dernier, pendant une fraiche matinée de cours, Mr Danétis nous a demandé de faire des empreintes de ce qu'on voulait...&lt;br /&gt;
Ca tombait bien, je ne fais que ça. Mais pour changer, je voulais imprimer autre chose qu'un homme, une femme ou une partie de corps humain...&lt;br /&gt;
Après la mort de mon frère j'ai eu envie de travailler avec des cadavres. D'ailleurs, le premier cadavre avec lequel j'aurai aimé travailler c'était le sien, sans doute parce qu'il est parti à l'hôpital puis parti tout court la veille du jour où nous avions prévu de prendre son empreinte. D'ailleurs la toile coma, faite alors qu'il était encore dans le coma (d'où le nom), je l'avais préparée pour lui, mais à la base elle était prévue pour faire l'Echographie du pêcheur, avec un épervier et des petits poissons assiettes qu'on serait allés pêcher ensemble, tout ça tout ça...&lt;br /&gt;
La toile était à lui donc, mais comme il était dans le coma et qu'on se ressemblait quand même suffisamment pour qu'on sache qu'on était frères (surtout les yeux, merci papa merci maman !), j'ai posé à sa place pour la toile du coma.&lt;br /&gt;
Parce que je ne pense pas qu'on m'aurai autorisé à le couvrir de peinture sur son lit de réa avec des fils et des perfs branchés de partout... Et puis alors il était encore vivant, alors je me disais qu'une fois rétabli il pourrait me la faire, cette satanée Echographie du pêcheur ! Par contre quand il est mort ça a tout changé, mais à aucun moment je n'ai envisagé d'assouvir l'envie (pourtant intenable) de le couvrir de peinture alors qu'il était dans son cercueil, avec son épervier justement. Rien que l'idée de demander à mes parents &amp;quot;dites, je peux prendre son empreinte avant qu'ils ferment la boite ?!&amp;quot; et puis j'oubliais.&lt;br /&gt;
Alors quand Monsieur Danétis a demandé &amp;quot;Faites-moi des empreintes de ce que vous voulez, partes chercher quelque chose qui vous plait...&amp;quot;, je me suis dit &amp;quot;Il faut que je trouve un pigeon mort, il faut que je trouve un pigeon mort&amp;quot;. C'est devenu une question d'honneur pour moi de trouver cet oiseau... Et vous savez quoi, à chercher dans tous les fourrés, j'en ai trouvé un. En même temps ce n'était pas ce qu'il y de plus difficile, parce qu'à Saint Denis ce ne sont pas les pigeons qui manquent ! Alors un pigeon mort...&lt;br /&gt;
En tout cas, j'étais soulagé quand je l'ai trouvé et pour être franc j'étais content, et même fier à la limite. Je sais, ce n'est pas très normal, mais pour le coup c'était comme ça. Et des fois il faut savoir se contenter de peu (pourquoi des fois ?).&lt;br /&gt;
J'ai fait des empreintes bleues de ce pigeon partiellement décomposé sur un papier très fin. Aujourd'hui je les ai ressorties, retravaillées en bleu (les contours, comme d'habitude avec mes empreintes) et puis je les ai marouflées... Sur des toiles avec châssis s'il vous plait !&lt;br /&gt;
La première toile me plait bien, le marouflage a fait des plis sur le papier, ça donne un aspect ancien... Un fossile d'archéoptéryx !&lt;br /&gt;
Voilà, j'ai pris des empreintes d'un oiseau mort et je vais les appeler &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-cartographies-2005-en-cours/pigeonvole1#gallery&quot;&gt;Pigeon vole !&lt;/a&gt;. Vous connaissez maintenant l'histoire.&lt;/em&gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le problème a été que je ne pouvais définitivement plus le peindre ou le représenter vivant, comme je l’avais connu avant : il était trop tard. Pourtant j’ai beaucoup essayé, cherchant une idée qui serait la bonne. J’en ai eu à la pelle des idées mais pas une seule ne convenait. Pas une seule.&lt;br /&gt;
Alors les fils sont arrivés, en simultanée par les images topographiques (ci-dessous, une topographie de mon frère) et dans de petits dessins automatiques… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/graphisme/Topographies/F5.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Topographie, François 5&lt;/em&gt;. Retouche informatique sur photographie. Décembre 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/graphisme/Dessins%20automatiques/DessinAutomatique2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Dessin automatique n°2&lt;/em&gt;, mine sur papier, reproduction à l’échelle 1. Janvier 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Puis j’ai commencé à discuter avec Zeyno Arcan, qui m’a parlé gestion de deuil… Les fils sont devenus des liens, ils se sont insinués dans mes échographies. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Echographies/NegEcho2.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Négatif échographique 2 (les liens)&lt;/em&gt;, acrylique sur toile, 120x160 cm. Avril 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ces fils sont des liens, avec les vivants et avec les ancêtres : avec « le Tout ». Car je crois qu’en partant, mon frère est devenu le premier de mes ancêtres.&lt;br /&gt;
En le devenant et comme il était attaché à moi, il m’a attaché à ce qu’il est devenu : une partie infinitésimale de l’esprit de tout et de n’importe quoi : un autre homme, un animal, une pierre, le vent. Ca peut paraitre farfelu et très personnel, mais cette idée d’une forme de réincarnation globale et non sélective, infiniment grande dans son champs et en même temps infiniment petite dans ses proportions prend ses sources dans les légendes amérindiennes et aussi dans des idées scientifiques récentes : comme celle d’un univers qui serait une mise en abime de dimensions (11 avaient été identifiées par les scientifiques quand je me suis repenché sur la question en 2003) et dont le mouvement dans sa forme ressemblerait à l’image d’un beignet ; ou cet espèce d’infini qui n’est plus une question de quantité croissante ou décroissante, mais d’absence de début et de fin, avec deux phases qui fonctionneraient comme les positifs et négatifs d’une photographie.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Echographies/Negatifecho1double.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Négatif et positif échographiques 1 (les liens)&lt;/em&gt;, images à imprimer sur tissus. Avril 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il me semble donc que dans cette deuxième année s’est opérée une nouvelle mutation, un peu de l’ordre de celle qui s’est produite dans le bois mais en plus rapide, sans doute parce qu’à partir de là je n’étais plus seul… Son début et sa fin sont marqués par deux travaux :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Echographies/Echographienatale1.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Echographies/Echographienatale12.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Echographie natale 1&lt;/em&gt;, empreinte de femme enceinte faite en novembre 2006, terminée en avril 2007 par l’ajout d’une échographie imprimée sur calque et collée au stéristrip (matériel chirurgical de suture).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Echographies/Topoduchangement.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Topographie du changement&lt;/em&gt;, empreinte et acryliques sur cartes routières de France et de région parisienne.
Avril 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/TopoduchangementNegatif.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Photographie du visage et du torse de &lt;em&gt;Topographie du changement&lt;/em&gt; travaillée sous photoshop. A imprimer sur tissus, mai 2007.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A partir de maintenant, mon envie est de continuer à travailler la peinture, continuer d’être un petit volcan de la terre humaine tout en laissant les liens se développer encore… Pour cela, je compte poursuivre mes études en Master car je manque encore cruellement de connaissances pour donner de l’appui à mes intuitions. J’ai aussi envie de partir à la recherche de ma famille artistique et de répondre aux appels de cors qui sonnent dans tous les sens : le cours de Monique Kissel sur l’&lt;em&gt;Art et le Religieux&lt;/em&gt; n’est pas né cette année par hasard, et puis dans le travail de beaucoup des étudiants je vois la problématique du spirituel, du lien entre corps et esprit plus ou moins émergée. &lt;br /&gt;
Parallèlement, dans le domaine de l’art contemporain, Michal Rovner, Kiki Smith, Zeyno Arcan ou encore des musiciennes comme Björk ou les Coco-Rosie sont autant d’artistes qui appellent à la levée d’une armée de pensées dont je crois faire partie : le cheval est revenu dans mes éléments symboliques mais cette fois ce  n’est plus le symbole de la liberté… Mais celui de la Guerre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà, c'est fini pour l'instant... Rendez-vous dans quelques mois, j'aurai d'ici-là écrit le nécessaire pour éclaircir un peu ce dernier morceau de mots.</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'art et le religieux dans ma pratique. EPISODE 5.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/04/27/374-l-art-et-le-religieux-dans-ma-pratique-episode-5</link>
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    <pubDate>Fri, 27 Apr 2007 23:13:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>J'ai encore bien rédigé aujourd'hui ! Je tiens le bon bout... Le texte a été remodifié le 02/05.    Mon avenir était lié à l’art : c’est l’un des grand choix arrêtés à l’issue de ce difficile voyage. Comme je n’avais jamais étudié ce domaine, j’ai décidé de reprendre mes études, une entreprise qui s’est avérée plutôt laborieuse ! Toujours est-il que j’ai finalement réussi à intégrer l’Université de Saint Denis l’année dernière au niveau L2 avec un dossier de VAE dans lequel je posais deux envies : arriver à une peinture sereine et sage (objectif partiellement abandonné depuis), et toucher les gens par l’inconscient.Ce dossier est lisible &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2005/05/10/233-il-y-a-un-an-un-regard-et-un-bilan-sur-mon-travail&quot;&gt;par là&lt;/a&gt;, il me semble comporter des éléments importants (même si maladroitement abordés) dans le cadre de la présente réflexion, puisque j’y aborde les thèmes du naturel, du surnaturel, du religieux et du mythe dans ma pratique artistique.&lt;br /&gt;
Dès le premier semestre, dans le cadre du cours de Colette Hyvrard (&lt;em&gt;l’Art en situation&lt;/em&gt;) j’ai réfléchi à un projet de rite initiatique dans le domaine de l’art contemporain parisien appelé &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2006/01/25/71-imago-un-rituel-pour-le-siecle-nouveau&quot;&gt;&lt;em&gt;Imago&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Pour construire cette performance, je me suis repenché du coté de l’ethnologie avec l’aide de mon amie anthropologue Anne-Céline Guyon… &lt;br /&gt;
Il y avait là une envie latente de comprendre ce qui m’était arrivé dans le bois, mais le questionnement d’Imago était sans doute aussi dû au fait qu’en mars 2005, alors que j’étais en Guyane, j’ai passé par inadvertance mon premier manaké : un rite de passage des wayanas, une des ethnies amérindiennes du département. C’est en allant visiter un couple d’amis d’Antécumpata (un village du Haut Maroni), Aïku et Yakapine Alemin que s’est produite la péripétie.&lt;br /&gt;
Par le projet Imago, un parallèle entre mon expérience solitaire de la forêt et la peinture a émergé : inconsciemment j’ai posé dans ce premier temps un lien maladroit entre l’art et le spirituel. &lt;br /&gt;
Comme vous l’imaginerez bien je n’ai pas mené ce projet farfelu à terme mais ce n’est pas ce qui m’importe dans cette histoire… L’important, c’est la notion de rite de passage, concept dégagé par l’ethnologue Arnold Van Gennep au début du siècle dernier à partir de l’étude comparée de communautés humaines issues de divers lieux géographiques. Par le coté cosmopolite de cette étude, Il y a donc là une dimension universelle, globale ; et pour l’instant il n’est absolument pas question de croyance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voici une définition de la notion : &lt;strong&gt;Un rite de passage est une séquence cérémonielle, basée sur des mythes et domaine de l’expression artistique, au cours de laquelle le passage d’un individu d’un état social à un autre est engagé et officialisé devant et par sa communauté&lt;/strong&gt; : quelques exemples sont les mariages et les enterrements que l’on retrouve dans toutes les civilisations quelles qu’en soient les religions; il y a en France les rites d’entrée dans des confréries comme celle des Francs-maçons, des Compagnons de France, ou l’ancien Service Militaire, etc.&lt;br /&gt;
Pour prendre un exemple plus précis, &lt;strong&gt;les rites&lt;/strong&gt; dits &lt;strong&gt;initiatiques transforment les enfants en adultes, posant un cadre spirituel aux modifications physiologiques de la puberté. L’enfant reçoit de ses aînés les connaissances qui lui permettront d’appréhender et de comprendre, d’assumer et de gérer son nouvel état physique&lt;/strong&gt; (corps d’adulte) et ses nouveaux besoins. &lt;strong&gt;De plus, la succession des différentes étapes du rite&lt;/strong&gt; (phases de séparation, de marge et d’agrégation) &lt;strong&gt;provoque les conditions nécessaires à la maturation de l’esprit&lt;/strong&gt; (ce qui fait que l’enfant devient en lui un adulte, c’est aussi une question d’esprit). A&lt;strong&gt;insi, l’enfant est projeté dans son nouvel état et s’engage dans un développement spirituel dont la finalité sera une harmonisation entre son corps et son esprit, son individu et sa société.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Il se trouve qu’&lt;strong&gt;Arnold Van Gennep a aussi émis dans ses réflexions l’hypothèse que cette maturation de l’esprit chez les occidentaux pouvait se faire par l’intermédiaire de l’art&lt;/strong&gt;. Et je crois l’avoir vécu : ma phase de séparation correspondrait au départ pour la Guyane, la phase de marge à la vie en forêt et à l’expérience des trois jours ; la phase d’agrégation serait venue avec la production d’&lt;em&gt;Arbre en tête&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A partir de tout ceci,  je peux commencer à poser plusieurs choses : &lt;br /&gt;
- &lt;strong&gt;Si, dans une approche purement anatomique, le corps a sa propre matière, ses différents stades de développement et ses organes, alors l’esprit fonctionne de façon similaire et en parallèle dans sa propre dimension&lt;/strong&gt;. Voici une vérité toute crue qui ne devrait être négligée. D’ailleurs c’est impossible de la négliger sous peine de mort physique ou mentale (selon le domaine qu’on néglige).&lt;br /&gt;
- La Vie c’est donc la somme indistincte d’un corps et d’un esprit, leur fusion, leur équilibre... En dehors de sa période de vie, un corps n’est qu’un tas de matière qui vient de la terre et retourne partiellement à la terre à chaque instant, totalement au dernier jour. J’imagine que pour l’esprit c’est pareil… &lt;strong&gt;Comme le corps se recrée perpétuellement à partir de son environnement&lt;/strong&gt; matériel qui contient aussi les « corps des autres », &lt;strong&gt;l’esprit interfère avec son cadre immatériel&lt;/strong&gt;, à savoir les « esprits des autres » qui ne se réduisent d’ailleurs pas forcément au domaine de l’humain. Je pense là aux animistes d’Afrique qui prêtent vie au minéral, ou encore aux amérindiens de Guyane qui ne se distinguent pas des animaux comme les occidentaux ont tendance à le faire. Cette dernière constatation a été faite en illustrant des livres de contes comme &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2005/12/23/58-on-parle-du-makawen&quot;&gt;Issou Makawem&lt;/a&gt;, mythe des origines palikurs, édité en 2005 par le CRDP Guyane. Le récit est captivant pour les mises en abîme des dimensions que font beaucoup les indiens d’Amazonie, sans doute parce que dans leur milieu de vie équatorial et forestier il n’y a ni saison pour marquer le temps, ni changements de paysages pour marquer l’espace…&lt;br /&gt;
On aborde la l’immense complexité de quelque chose qui pourrait s’appeler l’inter-connectivité… En posant cette affirmation et en citant les contes amérindiens je repense à l’histoire de la « soupe primitive » qui serait à la base de la vie en physique quantique, et aussi à l’idée qu’un atome puisse être dans deux endroits, deux dimensions en même temps… Je dois me repencher sur la question avant d’aller plus loin car mes souvenirs sont flous, trop lointains… Je ferme donc ici cette courte digression pour conclure de ces premiers points de réflexion que &lt;strong&gt;l’esprit d’un homme n’est donc « rien » ni sans son corps, ni sans les autres hommes ni sans le « reste ».&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce sujet, j’ai découvert très récemment (en regardant la télévision, j’avoue) qu’aujourd’hui les neurosciences vont dans ce sens, évaluant par exemple l’effet des contacts humains et des émotions qu’ils dégagent sur le développement de l’intelligence et de la capacité de réflexion (deux organes de l’esprit) d’une personne.
Je parle de ceci pour deux raisons : &lt;br /&gt;
D’abord parce que &lt;strong&gt;les scientifiques utilisent l’imagerie médicale pour aborder le domaine du spirituel dans une approche rationaliste&lt;/strong&gt;, et s’attèlent donc à combler le « vide » qui existe au moins en France depuis que la Laïcité Républicaine s’est transformée en un athéisme extrémiste. Ceci n’est pas un jugement de valeur, mais une constatation que je me prépare à développer. &lt;br /&gt;
Ensuite, il se trouve que la série de toiles que j’ai débuté en parallèle d’Imago et que je continue à ce jour regroupe mes peintures dites échographiques : des empreintes de corps du vivant, allégories d’états d’âmes traitées pour ressembler picturalement à des échographies ou des radiographies. &lt;strong&gt;Ma peinture actuelle se sert donc de l’imagerie médicale pour aborder les thèmes du spirituel, avec une approche scientifique&lt;/strong&gt; (développée durant ma croissance) &lt;strong&gt;similaire à celle qu’utilisent mes contemporains savants et chercheurs (les gens des mots).&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Echographies/ECIweb.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Première échographie&lt;/em&gt;, initialement nommée &lt;em&gt;Echographie d’une chrysalide&lt;/em&gt;. Image inversée d’une empreinte d’homme à l’acrylique sur toile, 180x160 cm, janvier 2006.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
- Dernier enseignement que m’ont apporté les réflexions de Van Gennep : &lt;strong&gt;l’art et le spirituel sont liés, que ce soit entre l’artiste et son art ou entre un individu et sa communauté.&lt;/strong&gt; Dans le premier cas, j’ai récemment découvert lors d’un colloque organisé entre autre par Mr Bloess (dont je suis actuellement le cours sur l’Expressionisme allemand) les propos de Sylvia Lippi, une psychanalyste italienne. Elle a expliqué comment l’artiste Nan Goldin a surmonté le deuil de sa sœur en mettant en scène sa propre mort par la pratique artistique de la photographie. Durant ce même colloque, Zeyno Arcan, une artiste dont me parlait depuis quelques temps Monsieur Danétis (je suis &lt;em&gt;« Parler l’image »&lt;/em&gt; cette année) est aussi intervenue pour expliquer comment le rapport à la danse de Marie Wigmann lui a permis de construire sa propre pratique, et par la même sa propre identité d’artiste. L’art et l’esprit ce n’est donc pas « de la mythologie », il suffit de regarder du coté de l’art-thérapie, que j’ai expérimenté avec les toiles organiques, et que je pratique sans doute encore maintenant avec mes toiles échographiques.&lt;br /&gt;
Dans le deuxième cas, les rites de passage sont portés par les mythes, ces histoires imagées et poétiques, dansées, chantées ou psalmodiées en costumes, qui vont permettre aux initiés de supporter l’insupportable. &lt;br /&gt;
Or les images et la poésie sont le domaine de l’Art, ou dans ce cas précis de ce que certains appellent les Arts Premiers… Et les mythes sont aussi dans le domaine du religieux. La Bible, le Coran ou la Tora ne sont-ils pas les plus écrits de tous les mythes d’origines ? Après la somme monumentale de traités de sciences bien entendu…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Maintenant que tout ceci est posé, je peux passer des domaines de l’esprit et du corps à celui de l’humain qu’ils constituent. &lt;br /&gt;
De ce que nous venons de voir, nous pouvons déduire que la science actuelle présente &lt;strong&gt;l’homme&lt;/strong&gt; comme &lt;strong&gt;un être d’expériences. Il se construit sur les bases des contacts qu’il a (ou pas) avec ce qui l’entoure, à l’image de son environnement sentimental, naturel, géographique et historique.&lt;/strong&gt; Le récit de la courte vie des enfants-loups d’Inde (par le Révérend Singh, a servi d’introduction pour mon premier cours d’ethnologie) est à ce propos très enrichissante : nos sens, nos réactions physiques à la chaleur ou au froid, notre façon de respirer ou de marcher : une grande partie de ce qui nous constitue est culturel. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Il y a donc potentiellement autant d’identités, de vérités humaines que de personnes, de lieux et même de temps&lt;/strong&gt;, parce que la vie c’est juste de l’onde, du mouvement et de la diversité (soit de l’espace, du temps, de l’infini) : elle se développe donc dans tous les sens envisageables. Certains appellent ça la biodiversité quand ils se restreignent aux règnes animal et végétal. Or pour moi, réduire le vivant à une simple dimension organique se résume à un problème d’ouverture d’esprit. Là je pense à la théorie de la Relativité d’Einstein (qui a ouvert le champ de la physique quantique dont je parlais tout à l’heure), car je crois qu’elle a fait et fait encore avancer la science sur ce point... &lt;strong&gt;La vie, c’est le mouvement et la diversité&lt;/strong&gt;, sans préfixe ni suffixe, à tous les niveaux et dans une exubérance potentiellement meurtrière… Comme la bombe atomique.&lt;br /&gt;
Car si &lt;strong&gt;l’homme est un être de diversité&lt;/strong&gt; par le simple fait qu’il soit en vie, &lt;strong&gt;il est aussi&lt;/strong&gt;, fatalement, &lt;strong&gt;un être du mouvement&lt;/strong&gt;, surtout lorsqu’il nait et qu’il meurt : &lt;strong&gt;pour qu’il y ait mouvement perpétuel et diversité, il faut qu’il y ait&lt;/strong&gt; renouvellement et multiplication, c’est sans doute à ces deux nécessités que répondent les fonctions de &lt;strong&gt;reproduction et de décès.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pour parer à ces deux obligations, l’homme est un être sociable&lt;/strong&gt; (comme tous les autres animaux ; j’aimerai qu’on m’en montre un qui ne l’est pas du tout !). Il ne peut donc pas vivre coupé des individus de son espèce, et que ceux qui osent dire le contraire aillent se perdre dans la solitude d’un paysage désertique humainement parlant pendant quelques temps avant de revenir m’en parler… &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Dans ce cas, il faut forcément que quelque chose vienne lier les hommes dans leur diversité individuelle pour qu’il y ait une communauté vivante, mouvante ; quelque chose qui va générer de la compatibilité dans la nature humaine, vivante et donc contradictoire par définition.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Quelle est cette chose ? Et bien il s’agit des systèmes de croyances, autrement dit les religions&lt;/strong&gt; (dans un sens large qui ne se résume pas au monothéisme, ni au théisme tout court d’ailleurs), qui portent les rites tels les mariages ou les enterrements, ainsi que les mythes dont nous parlons depuis tout à l’heure… Ces mêmes choses qui sont en rapport direct avec l’art.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Me voilà donc entré dans le domaine du religieux alors même que je continue de traiter du spirituel, ce qui me parait logique puisqu’à mon sens ils sont imbriqués l’un dans l’autre. Je vais maintenant essayer de m’expliquer sur cette idée, avec une définition laborieusement rédigée à partir des différents ouvrages ethnologiques traitant des rituels :&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Les systèmes de croyance sont des outils mis au service de leurs communautés pour répondre à deux grandes nécessités.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La première est de projeter et d’accompagner chacun des individus du groupe dans les différentes étapes de sa propre vie en les dramatisant : les rites de passages portés par des mythes lui permettront de surmonter la peur du changement, cette peur étant en rapport avec LE changement ultime : la mort.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La deuxième est de fédérer ces individus pour la cohésion de la communauté par une uniformisation des histoires individuelles. Cette uniformisation des histoires passe par la généralisation d’expériences individuelles communes et institutionnalisées : les rites de passage&lt;/strong&gt; (ceux-là mêmes qui interviennent à l’échelle individuelle) &lt;strong&gt;et autre évènement ritualisés&lt;/strong&gt; (par exemple, la Guerre est -souvent- une institution et une expérience collective de la mort). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est ainsi que de la dimension de l’esprit à échelle individuelle, on peut entrer dans celle du religieux, ce lien qui relie les esprits des gens d’une communauté, donc à échelle collective. Je crois d’ailleurs qu’on ne peut pas arriver à la deuxième si on n’est pas passé par la première…&lt;br /&gt;
Mais ce qui différencie le spirituel du religieux n’est pas qu’une question d’échelle…. Disons que le spirituel, c’est l’Histoire du rapport entre le corps et l’esprit, donc la vie et la diversité, ce que nous connaissons en tant que vivants. Je ne suis pas encore sûr de moi au niveau de la formulation mais je vais poser ici que le spirituel, la diversité, le vivant, c’est le domaine des mots.&lt;br /&gt;
Alors que la religion, c’est cette partie du Mythe (quel qu’il soit) qui est une pure affabulation -si terriblement nécessaire-, ce reflet d’un environnement qui permet de surmonter la peur du changement ultime, celui où l’esprit et le corps se détachent. Le religieux, le mouvement, la mort, c’est le domaine de l’image, ce que nous ne connaissons pas car nous sommes là encore profondément vivants ; donc attention quand je dis mort, je ne dis pas morbidité !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Affaire à suivre.</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'art et le religieux dans ma pratique. EPISODE 4.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/04/26/373-l-art-et-le-religieux-dans-ma-pratique-episode-4</link>
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    <pubDate>Thu, 26 Apr 2007 23:29:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>Et ça continue...    Après trois ans passés au fin fond du bois, le retour en France métropolitaine et même à Paris n’a pas été tout de suite un véritable choc. J’ai débarqué au début de la canicule donc il y avait plein de soleil et il faisait toujours chaud, ça ne me changeait pas trop de Cayenne au niveau climatique. J’avais des objectifs auxquels je me suis vite attelé, l’un d’entre eux était d’aller à la rencontre du milieu de l’art : visites de galeries avec ou sans book, rencontres avec des artistes, etc. &lt;br /&gt;
Un jour, je suis entré dans le squat d’artistes de la rue de Rivoli (l’Electron Libre), et y ai rencontré une jeune peintresse volcanique et exubérante qui sentait bon l’Italie : Adélaïde Blanc.&lt;br /&gt;
Avant de la rencontrer, je n’avais pratiquement jamais touché à une toile ou à de la peinture… Or je me suis rapidement installé en collocation avec elle et une de ses amies dans le 17ème arrondissement : nous avons commencé à visiter des expositions ensemble et à faire des ateliers peinture dans notre appartement, ce qui a duré tout l’été 2003.&lt;br /&gt;
Adélaïde faisait de la peinture abstraite, quelque chose qu’aujourd’hui je qualifierai d’un peu expressionniste : ses toiles étaient des émanations de ses sentiments, un peu comme mes dessins et mes sculptures de l’époque, c’est sans doute pour cela que nous nous sommes tout de suite entendus… Durant nos ateliers, elle a cependant essayé de m’aider à me détacher de mes manies d’illustrateur : je devais travailler sans sujet, sans idée, sans les outils traditionnels que sont les pinceaux.&lt;br /&gt;
Pour peindre, je me mettais en situation pour me sentir bien : peindre était un plaisir cet été-là, pas encore une nécessité. Donc j’ouvrais la fenêtre pour faire entrer lumière et chaleur, il fallait aussi absolument mettre une bonne musique dans l’ordinateur, et à chaque fois je commençais la séance par fumer un pétard. C’est une habitude dont je me suis débarrassé depuis, car je n’ai plus besoin de cela pour me mettre « en état ». Il me parait important de signaler ce fait parce que le cannabis est une drogue qui amplifie les sentiments, là où par exemple l’alcool désinhibe. Me droguer était alors le seul moyen que j’utilisais pour faire monter mes sensations en intensité avant de les sortir de moi dans les productions. &lt;br /&gt;
Alors je me mettais au sol (habitude remontant à l’enfance) et prenais une toile vierge et les tubes d’acrylique. Ensuite, il y avait le « laisser-aller ». Souvent je commençais par barbouiller la peinture diluée avec de l’eau, jusqu’à ce qu’à un endroit du tableau mon imagination fasse apparaitre une image, un visage de profil le plus souvent… C’est un processus assez similaire à celui des enfants qui cherchent des formes dans les nuages, sauf que personnellement je n’ai jamais rien vu dans les nuages et je crois même que cet exercice m’a toujours ennuyé ! Par contre à ce moment, dans les expos (dont celle de Zao Wu Ki à la galerie du Jeu de Paume) ou même dans la rue, je voyais souvent des images de profils humains, formées par des ombres, des lumières, des perspectives, des oppositions de matière etc.&lt;br /&gt;
Une fois l’image trouvée je la « révélais » en la retravaillant plus ou moins légèrement. Par exemple, pour le &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Triptique.jpg&quot;&gt;&lt;em&gt;triptyque&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, j’ai commencé par la &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Triptique-1.jpg&quot;&gt;toile du bas&lt;/a&gt; en barbouillant du bleu. J’ai vu le visage de la femme qui apparaissait par les blancs (joue, nez, lèvres) que je n’ai d’ailleurs pas du tout touchés par la suite, ils sont restés tels que quand l’image est arrivée. Ensuite, les sombres ont été posés au cutter, le reste du corps aussi et au final j’ai gratté pour les zones de lumières moindres (les oreilles par exemple). Ensuite sont venues les deux autres tableaux, dans des processus à peu près similaire sauf qu’il y avait plus de préméditation, surtout dans le lien rouge. &lt;br /&gt;
Sur le coup, j’ai été étonné de la violence de mes toiles, car je me sentais heureux à ce moment là. Aujourd’hui, certaines d’entre elles me posent d’ailleurs de gros problème, mais comme je suis en plein dedans je préfère ne pas aborder ce sujet tout de suite.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par contre à l’arrivée de l’hiver les choses ont changé. J’ai commencé à me rendre compte que j’étais vraiment revenu en métropole, que je ne pouvais plus vivre à la Guyanaise : fini les shorts et les pieds nus dans la rue, il faisait trop froid chez moi pour que je me promène partiellement ou totalement nu, j’ai commencé à manquer de soleil, retrouvant cet été végétatif que déclenchent les courtes journées de décembre et janvier. De plus, j’avais (pour ne pas changer) un réel problème d’identité : j’étais blanc à l’extérieur, mais à l’intérieur il y avait plein de couleurs (du blanc bien sûr, mais aussi du noir et du vert) et mes interlocuteurs étaient souvent dépourvus face à ce décalage, surtout lors des premiers contacts. Enfin je n’avais qu’une angoisse : redevenir comme avant, perdre ce que j’avais appris en Guyane si je reprenais le style de vie métropolitain. &lt;br /&gt;
Alors la peinture est devenue une nécessité comme l’avaient été auparavant la sculpture ou le dessin. Voici la série en ordre chronologique :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Nuee.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Nuée I&lt;/em&gt; : un poème est à la source des toiles ainsi nommées : &lt;em&gt;A la verticale / Une projection parfaite / M’étale sur les troncs / Me divise et me complète / En nuées de papillons&lt;/em&gt;. Je crois que ce tableau représente ce qui m’est arrivé, les connaissances et autres choses acquises durant toutes les expériences vécues en Guyane.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Hallali3.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Hallali III&lt;/em&gt; : ce cri je ne le comprends pas encore complètement (il revient inchangé alors que moi je change…), mais je pense que je vais trouver en cherchant du coté des expressionnistes. En tout cas, l’hallali c’est une alerte, un signal qui annonce la mort du gibier autant que la fin de la chasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/m%C3%A9duse-en-t%C3%AAte.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Méduse en tête&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Assis1.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Assis 1&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Plume-en-tete.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Plume en tête&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Vapeur-en-tete.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Vapeur en tête&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant que je peignais ces tableaux, la vie a commencé à devenir un enfer : ma tête est entrée peu à peu en ébullition, une ébullition qui est (je crois) symbolisée dans cette série par les coulées abstraites de peintures métalliques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour cela la toile Vapeur en tête était vraiment représentative de mon état à la fin de cette « montée » : c’était comme si j’avais un problème électrique dans la cervelle, une résistance en train de chauffer et de me liquéfier les neurones (cette chose dorée sur la toile qui a pris la place de l’œil). A ce moment, le cannabis m’a posé d’autant plus de problèmes, puisqu’il jouait là aussi son rôle d’amplificateur, mais pour des sensations pas vraiment agréables ! A la fin de l’hiver la situation était catastrophique, j’ai quitté la métropole pour quelques temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai passé l’été 2004 à Cayenne où beaucoup de choses se sont réglées, notamment grâce à l’aide d'une des psy du Centre de Désintoxication de Cayenne. La preuve en image :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Arbre-en-tete.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Arbre en tête&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce n’est que lorsque j’ai compris que mes expériences de grand bois faisaient partie de moi, lorsque je les ai intégrées à tout jamais et acceptées comme des différences à assumer que j’ai pu commencer à vraiment grandir dans ma tête. La graine chaude et dorée implantée dans ma cervelle est devenue un arbre d’argent dont les racines se sont mêlées à mes neurones jusqu’à ce qu’on ne puisse plus les en distinguer.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, comment tout ceci a-t-il fonctionné ? Et bien, d’abord, la psy m’a expliqué les choses clairement : &lt;em&gt;« Vous vous appelez Salaud, vous êtes homosexuel et artiste, vous avez vécu seul en forêt : vous ne croyez pas que vous êtes suffisamment différent maintenant ? »&lt;/em&gt;. Il fallait accepter les différences pour plus tard cultiver les similitudes (et m’accorder aux « autres », ce que je cherchais). Or, les mots ne sont que des mots, pas des actions. On peut dire qu’on va faire une chose sans pour autant la faire.&lt;br /&gt;
Dans mon cas, l’action d’acceptation s’est faite par cette toile. Avec &lt;em&gt;Arbre en tête&lt;/em&gt;, j’ai accepté. Enfin je dis cela maintenant mais sur le coup les choses n’étaient pas aussi claires, j’ai simplement ressenti un immense soulagement lorsque je l’ai achevée… Mais le soulagement était d’un nouvel ordre : jusque là je ne faisais que représenter mes états (ce qui avait le mérite de me mettre face à mon image) mais sans agir sur eux ; le soulagement n’était alors pas de longue durée, puisque le problème n’était pas réglé. Or, avec cette toile, j’ai agit : cet arbre je le voulais, je l’ai fait, je l’ai regardé, je l’ai eu. Après ce tableau j’ai arrêté de peindre jusqu’à l’entrée à l’Université et je n’ai jamais repris la série appelée les toiles organiques. Je crois qu’elle me plait de s’arrêter sur une belle note.&lt;br /&gt;
Je suis ensuite rentré en métropole et depuis j’arrive à vivre avec mes différences, que ce soit ici ou là-bas. Et ce n’est qu’après avoir passé cette étape que j’ai pu commencer à vraiment m’intéresser aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A bientôt pour la suite...</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'art et le religieux dans ma pratique. EPISODE 3.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/04/26/372-l-art-et-le-religieux-dans-ma-pratique-episode-3</link>
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    <pubDate>Thu, 26 Apr 2007 01:26:47 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>La suite, encooooore !    Je travaillais alors dans une zone difficile à vivre : des méandres d’eaux saumâtres avec un labyrinthe de terres émergées truffées de moustiques et de palétuviers où la marée avait la mauvaise conséquence d’empêcher les eaux de se renouveler. &lt;br /&gt;
On appelle cet endroit charmant les « Marais de Coswine ». J’étais à quatre heures de voiture de chez moi plus une heure de pirogue, complètement seul avec pour unique abri une pauvre bâche de 2x2m tendue au dessus de mon hamac… La zone était retirée, mais pourtant très chassée, ce qui fait que je ne voyais que peu d’animaux (ou même d’hommes) et que donc je m’ennuyais beaucoup.&lt;br /&gt;
C’était à la fin de ma première saison de prospection et j’avais perdu dix kilos à cavaler partout dans le bois et à me nourrir de boites de conserve (quand on travaille dans l’environnement, interdit de chasser et même de pêcher). Je n’avais pas su gérer mon enthousiasme : ayant beaucoup donné sur le plan physique j’étais totalement sur les rotules, ce qui était entièrement de ma faute (j’ai laissé ma motivation prendre le dessus sur ma santé, trop grisé que j’étais par toutes les découvertes fascinantes que je faisais sur le fonctionnement de la vie).  Depuis plusieurs mois je ne parlais pratiquement plus à cause de la solitude : je croisais parfois mon patron ou mes parents une journée de semaine, rarement plus, souvent moins. Je me lavais avec une eau croupie et stagnante qui faisait fleurir les mycoses, m’arrachais des tiques de la peau tous les soirs, me faisais harceler par les moustiques qui réussissaient même à entrer sous la moustiquaire, et pour couronner le tout la nuit je crevais de chaud, emmitouflé dans mon duvet qui était le seul tissu dont l’épaisseur pouvait me protéger de leurs aiguillons. Ma peau était douleur physique, j’en suis arrivé là. Mon enveloppe était douleur, elle se décomposait devant mes yeux et c’était vraiment immonde à supporter… &lt;br /&gt;
Mais comme si ça ne suffisait pas, une fois je me suis fait attaquer par un essaim de guêpes que je n’avais pas remarqué et ai passé une heure à lutter contre l’évanouissement, adossé à un tronc au milieu de nulle part avec une main-œdème qui avait triplé de volume ; quelques jours avant, je m’étais fait braquer tout au bout de mon chemin d’étude par un braconnier (sans doute surinamais puisqu’il ne parlait que le taki-taki, dialecte du pays que malheureusement je ne fais que vaguement baragouiner) qui devait me prendre pour un garde de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage qui lutte contre le braconnage) et s’est mis à paniquer devant mon total look kaki ! Pour tout ça j’étais seul, seul face à de vrais dangers qui heureusement n’ont pas eu de conséquence pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, il s’est mis à pleuvoir. Il a plu pendant trois jours. Et comme je ne travaillais pas quand il pleuvait (les animaux bougent peu et la pluie couvre leur bruits. Là-bas on fonctionne plus à l’oreille qu’aux yeux pour l’observation naturaliste), j’ai passé ces trois jours dans mon hamac. &lt;br /&gt;
Je viens de prendre le temps d’expliquer tout le contexte pour que vous puissiez bien imaginer mon état à ce moment, j’étais vraiment à bout, au bout de la passivité : et là je me retrouvais seul avec cette pluie qui pénètre partout, la peau déjà ravagée, les vêtements, le duvet qui prenait une odeur de fauve insupportable.&lt;br /&gt;
Je n’ai pas bougé de mon hamac pendant tout ce temps, sauf pour boire ou faire mes besoins. Je n’ai pas mangé, et même ce qui m’a le plus marqué, c’est que j’en suis arrivé à un tel point d’ennui et de fatigue du corps que j’ai fini par ne plus penser du tout. Il ne m’est jamais arrivé, ni avant ni après, de rester aussi longtemps sans penser, même juste à ce que je vais manger ou au temps qu’il fait. Rien.&lt;br /&gt;
C’est un moment où j’ai ressenti trois sentiments très forts, presque purs, enfin c’est comme ça que je les ai ressenti parce qu’ils m’ont empêché de bouger ou de penser ces trois longs jours durant :&lt;br /&gt;
Il y a eu la solitude la plus immense que je n’ai jamais éprouvée parce qu’il n’y avait pas d’homme, pas d’animaux, juste une petite souris qui avait son terrier sous mon hamac et venait grignoter des miettes durant la nuit. Mais très farouche elle s’enfuyait dès que j’allumais ma lampe de poche… Je ne l’ai jamais vue pendant ces trois jours.&lt;br /&gt;
Il y a aussi eu l’abandon : je n’ai eu aucun moyen d’influer sur ce qui se produisait en mon sein, de la même façon qu’on ne peut empêcher le flux d’hormones qui vers douze ans fait apparaitre cet étrange poil pubien sur le désert imberbe de la peau d’enfant… Alors je n’ai pas essayé de résister contre « ça ».
Et parallèlement c’est le moment où je me suis le plus senti comme partie intégrante de la forêt : comme son sol, j’étais lessivé par la pluie et puis j’avais l’inertie d’une plante verte. J’étais fondu dans la forêt et la forêt était fondue en moi.&lt;br /&gt;
J’ai vraiment beaucoup de mal à mettre des mots sur cet évènement, parce qu’en fait il n’y a que des images pour permettre de relater cette abstraction, et personnellement les images je préfère les dessiner que de les parler. Et puis ce qui s’est passé c’est mon trésor, intime et inviolable ; la base que j’étais parti chercher, et que j’ai finalement trouvé au bout d’un cheminement long et laborieux.&lt;br /&gt;
J’avais donc vécu ce moment, mais vivre une expérience quelle qu’elle soit ne porte à conséquence que si elle est assimilée par celui ou celle qui l’a vécu, sinon elle reste « à l’extérieur » de lui ou d’elle. Pour ce qui me concerne, c’est par l’art l’intégration de l’évènement s’est faite…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je travaillais donc comme salarié dans une association de protection de l’environnement. J’ai rapidement été immergé dans un réseau assez dense et communautaire. Les personnes que je croisais savaient alors que je dessinais les animaux d’une manière à peu près correcte, notamment Maël Dewinter qui était (et est toujours) le conservateur de la Réserve de la Trinité pour L’ONF et un illustrateur naturaliste efficace. &lt;br /&gt;
Lorsque je l’ai rencontré, il travaillait sur les dessins d’un livre portant sur les oiseaux de Guyane. Le projet était porté par une association (le GEPOG) et j’ai rapidement fini par en rencontré le président avec pour seul atout un book rempli d’une poignée de dessins de l’époque, qui avaient tous la particularité de ne pas être achevés… Allez savoir par quel miracle Paul Siffert m’a donné ma chance et m’a laissé faire un essai. Allez savoir par quel miracle il a attendu avec patience la douzième version d’un dessin (de bécasseau sanderling, je m’en souviens très bien) avant d’être satisfait de mon travail et de m’engager parmi les illustrateurs du livre. J’ai alors ouvert une structure, que je gérais en parallèle de mon emploi de salarié.&lt;br /&gt;
Depuis je continue d’illustrer, avec une prédilection pour les ouvrages d’éducation à l’environnement destinés aux enfants et pour les contes et légendes des divers groupes ethniques de Guyane et du Brésil.&lt;br /&gt;
Ainsi, et alors même que j’avais complètement perdu de vue l’idée de vivre d’un quelconque art, l’illustration m’est tombée dessus, et surtout pour la première fois je me suis donné les moyens de ce que je voulais. Mon travail de salarié était très prenant (dans les associations, il y a souvent cette idée que les salariés doivent aussi faire du bénévolat pour montrer l’exemple aux adhérents) mais pourtant je me suis rajouté un contrat avec beaucoup de dessins à faire. Je travaillais donc beaucoup, soirs et week-ends compris. Mes parents l’ont vu et je crois qu’ils ont été tout autant surpris que soulagé de me voir ainsi motivé ! Tout cela pour dire que sans l’illustration je n’aurai peut-être pas eu l’impulsion qui m’a ramené jusqu’à l’Université, et mes parents n’auraient sans doute pas accepté de subventionner mes études comme ils le font actuellement… &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Depuis plusieurs années j’avais abandonné les crayons pour l’appareil photo, à ce moment-là je me suis remis petit à petit au dessin et à la sculpture « personnels », à cet espace de récréation que l’illustration ne pouvait me donner : les aquarelles d’oiseaux m’ont plutôt apporté la discipline que le divertissement et le soulagement.&lt;br /&gt;
Cela a surtout été vrai après l’évènement dont j’ai parlé plus haut : j’ai notamment beaucoup modelé sur des argiles amérindiennes, des espèces de personnages-photophores en pleine désagrégation, avec la lumière de bougies s’échappant par les failles… J’ai pu dans ces moments d’argile retrouver une certaine détente qui passe par la décrispation des doigts, chose que je faisais plus jeune pour me défouler. &lt;br /&gt;
Parfois, je prenais aussi du temps pour m’échapper plusieurs jours dans le plus grand secret, la plupart du temps je partais dans le dispensaire qu’un prêtre tenait sur une piste vers la frontière du Surinam. C’était un endroit calme, où vivaient beaucoup des jeunes amérindiens descendus du haut Maroni (le fleuve frontalier) pour suivre leur scolarité, à partir du collège le plus souvent. J’aimais cet endroit parce que la porte m’était toujours ouverte, personne ne m’y aurait jamais cherché, et puis le frère François ne me posait jamais de question, il se moquait de savoir si j’étais croyant ou non, il écoutait juste si éventuellement j’avais quelque chose à dire… Ce qui en fait était très rare, parce que j’allais là-bas pour me planquer, pour ne pas parler.&lt;br /&gt;
Je passais mon temps sur des argiles, ou bien le soir des jeunes indiens venaient sous mon carbet pour que je leur dessine un portrait à la lumière des bougies.&lt;br /&gt;
J’adorais ça parce qu’ils ne parlaient pas, ne bougeaient pas, nos échanges étaient juste au niveau du regard… Et ce qui me captivait par-dessus tout c’est que leurs yeux étaient tellement noirs qu’en les regardant on avait l’impression d’être happé par une gigantesque pupille… Ca donne à leurs regards quelque chose de très profond, de très apaisant…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au bout de quelques temps, le conte de fée du travail dans l’environnement s’est effrité : trop de politique, trop de guéguerres pour des gloires personnelles… Et puis sans études on me négligeait. C’est dommage, car grâce à la bienveillance et à la bonne pédagogie de mon patron (Benoit de Thoisy, l’un des trop rares chercheurs à ne pas étudier la forêt de Guyane comme si c’était une annexe du bois de Vincennes) j’avais acquis de bonnes méthodes de travail…&lt;br /&gt;
Mais entre autres raisons, la solitude qui au début me grisait à ce moment me pesait lourdement… J’avais besoin de retrouver mes pairs car le grand enseignement que j’ai tiré de cette vie d’ermite est que quoi que je fasse et aussi déplaisants pouvaient-ils me paraitre par certains aspects, je ne pouvais vivre sans « les autres ». Alors j’ai décidé de rentrer en métropole, histoire d’essayer de me construire (enfin) un avenir.&lt;br /&gt;
Pour la voie à envisager, j’avais mon idée : par le biais de l’illustration l’art était revenu à moi. Et cette fois-ci j’étais bien décidé à le garder à mes cotés ! J’ai donc pris l’avion en avril 2003 avec mes dessins et mes sculptures sous le bras.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A suivre...</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'art et le religieux dans ma pratique. EPISODE 2.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/04/25/371-l-art-et-le-religieux-dans-ma-pratique-episode-2</link>
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    <pubDate>Wed, 25 Apr 2007 16:40:55 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>La suite...    Mes parents aiment aussi les voyages, et par chance ils nous en ont fait profiter très tôt, mon frère et moi. Mes premiers souvenirs marquants sont pour le Sénégal (vers 10 ans) où nous allions visiter des connaissances de mon oncle paternel. On y chantait et on y dansait… J’étais très timide mais je n’ai pas beaucoup résisté à l’envie de pousser avec eux leurs chansonnettes (ce qui les a beaucoup fait rire !). &lt;br /&gt;
Comme expliqué plus haut, dans le milieu scolaire métropolitain mon nom était une véritable calamité : c’était une sorte de ségrégation, une forme similaire à celle qui faisait que dans les banlieues où j’évoluais les blacks étaient eux-aussi souvent rejetés. Or, lorsque je partais en vacances à Dakar ou dans le Keur Saloum, on ne me demandait pas mon nom et du coup je trouvais enfin une certaine liberté de relation. Je me faisais des amis et préférai l’Afrique à la France. Et petit à petit, j’ai commencé à m’identifier aux peuples noirs : ils étaient gentils avec moi, et eux comme moi étions rejetés par les « français bien-sous-tous-rapports ». &lt;br /&gt;
Plus tard, il y a eu deux voyages en Guyane (une terre qui va prendre beaucoup de place dans mon cœur quelques années plus tard) et un autre au Mexique, avec la visite de sites archéologiques précolombiens comme Teotihuacán, Palenque, Tulum, etc. Mon intérêt pour les autres cultures est allé grandissant et finalement, après avoir été dégouté des sciences dures (trop dans la spécificité et trop théoriques à mon goût), je me suis lancé dans l’histoire et l’ethnologie à l’Université de Nanterre.&lt;br /&gt;
Ces deux disciplines m’ont appris à m’intéresser aux globalités, aux grandes similitudes plutôt qu’aux dissemblances (qu’on cultive à outrance chez nous) par le biais de l’étude comparée. On m’y a expliqué les grandes lignes de l’histoire européenne, celle des trois religions du livre, les arts africains et précolombiens, les structures sociales de diverses populations humaines réparties dans les époques et les lieux, les liens entre un individu et sa culture, les récits de ces preuves ultimes de l’immense adaptabilité humaine (et animale, mais ça c’est une autre histoire) que sont les « enfants-loups ».&lt;br /&gt;
Alors j’ai commencé à dessiner des individus noirs, des pygmées qui chantaient la forêt vierge, parce que j’ai été subjugué (pendant les cours d’art africain) par la manière dont leur art était à l’image de leur vie et de leur environnement. Ces petits hommes chantants avaient souvent les yeux fermés, comme les prisonniers de guerre gravés en bas relief sur les stèles de Palenque. Ce que je veux dire par cette parenthèse, c’est que la pratique artistique ne m’a pas quitté durant cette période. Elle continuait à me représenter dans mon fort intérieur, mes évolutions et mes désirs inavouables… C’était là encore mon exutoire, le domaine de ma plus grande liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Voilà donc où j’en étais à la sortie de mes études : j’avais développé des outils de réflexion, mais aussi défini un peu plus les domaines de mon intérêt : le monde du vivant dans son fonctionnement, aux niveaux de l’humain, de l’animal, du minéral, du matériel comme du non-matériel, à petite et à grande échelle.&lt;br /&gt;
Cependant, les deux voies entreprises avaient été un véritable échec. La fac était alors trop théorique pour moi car j’avais besoin de vécu, d’expérience : c’est la conséquence d’avoir été élevé dans le culte de l’expérimentation directe.&lt;br /&gt;
A donc suivi une crise d’identité assez destructurante : après le nom de famille est venue se greffer la question de l’homosexualité. Alors que l’effet du nom s’atténuais, je devais encore une fois porter une différence que je ne crois pas avoir choisie sinon dans le fait de l’assumer ; la sensation de marginalisation a été décuplée (j’ai pris conscience bien plus tard que cette marginalisation émanait autant de moi que des autres).&lt;br /&gt;
Du coup et depuis longtemps je n’arrivais pas à me sentir français, j’avais le sentiment profond de ne pas avoir d’avenir dans mon pays, et qu’en plus il ne me donnerait pas les clefs pour me développer : des expériences de vie comme autant de réponses pour comprendre et assumer cette chose que j’étais, car alors je ne croyais en rien, je ne savais rien, je ne me sentais rien et ne voyais que ces différences qui me transformaient dans le miroir en un monstre honteux : j’étais un minuscule néant flasque, rayonnant d’une immense détresse. &lt;br /&gt;
Heureusement, il y avait au moins une véritable envie : partir voir ailleurs si j’y étais… J’avais d’ailleurs un idéal bien précis qui lui aussi trottait dans ma tête depuis fort longtemps : depuis que je suis tout petit, on décrie dans mon entourage le style de vie occidental pour ses effets sur l’environnement tout en se vautrant dedans : je ne vous raconte même pas l’effet que les scénarios apocalyptiques de la fin du siècle dernier ont eu sur moi (et après on renie ses racines chrétiennes… AH ! L’athéisme extrémiste de la France moderne) ! Je vivais chaque jour en me demandant combien de temps il me restait à vivre avant qu’un astéroïde ne tombe sur la maison où qu’un volcan ne s’élève de son sol… En regardant le dessin animé « Bibi-phoque », je voyais les images de Brigitte Bardot sur la banquise défiler devant mes yeux !&lt;br /&gt;
Alors je me demandais &lt;em&gt;« Mais à ce moment-là, pourquoi on ne retourne pas vivre dans les grottes, à seulement chasser, pêcher et cultiver un peu… »&lt;/em&gt;. Et puis voyez-vous, j’ai toujours rêvé de porter des vêtements en peau de bêtes !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A ce moment charnière, mes parents étaient partis vivre depuis quelques années en Guyane, un endroit avec une nature intacte et souveraine où vivaient encore des amérindiens dont les mythes, légendes et systèmes rituels me fascinaient ; un des derniers lieux où trouver potentiellement une grotte qui aurait fait l’affaire. Voilà donc comment je suis parti chercher les expériences qui ont ensuite construit et continuent de construire l’homme que j’ai enfin réussi à devenir (là j’aime utiliser l’image de l’imago, à savoir la forme sexuée des papillons, celle qui sort de la chrysalide. Je dis homme parce que l’idée occidentale de l’adulte n’a aucune valeur pour moi). &lt;br /&gt;
C’est aussi là-bas que l’art m’est définitivement tombé dessus (comme par hasard !).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je suis donc arrivé en Guyane en mars 2000, avec l’impression de m’y échouer comme une baleine morte… Et une baleine morte, ça pue énormément ! Rapidement, je me suis engagé dans la vie associative coté Protection de l’Environnement. Au bout d’un an de petits boulots comme guide touristique sur les Marais de Kaw et parallèlement de bénévolat pour l’association Kwata (à suivre les populations de tortues marines pondant sur les plages), j’ai réussi à me faire embaucher par l’association.&lt;br /&gt;
Là, tout s’est déclenché, sur deux niveaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Je vais passer sur les détails, mais en gros j’étais payé pour passer mes journées seul dans la forêt à identifier les animaux que je rencontrais : ongulés, rongeurs, primates, carnivores, oiseaux, etc. Je restais sur la même zone pendant plusieurs semaines à plusieurs mois, arpentant le même chemin chaque jour à une vitesse constante. &lt;br /&gt;
Durant cette période d’ermitage en forêt, je partais pour des séjours de cinq jours à trois semaines à des fréquences très soutenues pendant toute la saison sèche. Là, j’ai d’abord pris conscience que j’étais un être vivant nécessitant toute mon attention : il fallait que je fasse attention à bien manger (car je me dépensais beaucoup), bien boire, à ne pas me perdre dans le bois, à ne pas me tordre une cheville (car en général, j’étais loin de tout système hospitalier), prendre garde aux parasites et mycoses qui pouvaient devenir de véritables calvaires, dormir correctement, et puis me faire des plaisirs de temps en temps aussi, comme dessiner le soir après un bon rhum-cassoulet (chacun son tour bien entendu…) ou écouter de la musique en fumant un bon pétard dans mon hamac (à ce moment-là, fumer n’était pas encore un problème), me balader la nuit pour chercher les traces de félins ou les terriers de tatous, faire de jolies photos… J’ai (enfin) beaucoup appris sur ce qu’est l’autogestion par la base : la prudence pour soi, la prise en charge des besoins vitaux, l’évaluation des dangers, etc... Dans ces conditions, et c’est ce qui m’a sauvé, j’ai (re- ?) trouvé le goût des choses simples ! Par contre, je n’ai pas eu l’idée de me prémunir contre la solitude humaine… J’aimais trop ça.&lt;br /&gt;
D’ailleurs, si j’évoluais dans un véritable désert humain, je ne manquais pas pour autant d’individus avec lesquels communiquer (ou pas) : mes compagnons du moment étaient des agoutis (gros rongeurs aux territoires vitaux minuscules), des cariacous (un petit cervidé) ou des tinamous (grosse perdrix de sous-bois) que je retrouvais pratiquement toujours aux mêmes endroits et à la même heure… Des troupes de singes, qui parfois se montraient curieux et s’approchaient quand j’imitais leur cri, parfois s’enfuyait au moindre craquement de feuille morte, parfois étaient agressifs et me jetaient des branches ! Il y avait aussi les grands félins, jaguars et pumas qui me suivaient (juste par curiosité car ces bêtes sont curieuses, pas méchantes) assez régulièrement sans quasiment jamais se faire voir de moi : tout ce que je voyais d’eux était leurs empreintes dans les miennes lorsque je faisais demi-tour pour rejoindre mon campement (si dans ma peinture il y a des empreintes c’est aussi par rapport à ça : l’empreinte est l’indice de présence de ce qu’on n’a pas vu directement). Sur une zone d’ailleurs, je discutais carrément avec un puma par crottes interposées : il faisait toujours ses besoins au même endroit que moi pour me signaler sa présence comme je lui avais poliment (comme quoi la politesse est vraiment là où on la met) signalé la mienne. Et pourtant, je ne l’ai jamais vu. Mais chaque jour je savais qu’il était dans le coin, alors du coup je ne me sentais pas seul.&lt;br /&gt;
Tout ceci pour dire que pour la première fois peut-être j’avais fait un réel effort d’intégration à un milieu spécifique (tous les milieux sont spécifiques), et si j’ai parfois eu quelques frayeurs à un moment lorsque je me promenais, j’avais globalement l’impression d’avoir trouvé un « chez moi » et les « miens » dans cette forêt sans hommes…&lt;br /&gt;
Cela peut paraitre idyllique comme histoire, et pourtant depuis j’ai compris où était la facilité : dans la forêt et avec ses habitants, il est relativement simple d’assimiler les règles de base de la bonne cohabitation : respect des territoires vitaux, porter une attention particulière aux espèces venimeuses ou potentiellement dangereuse (il suffit de regarder où l’on marche, et ce n’est pas valable que pour les crottes de chiens), etc. Dans ce milieu forestier, les règles sont bien mieux définies que chez nous, où il faudra d’abord réussir à comprendre qui est en face de soi et à partir de là comment réagir. Un grage (serpent qui pique et qui fait très mal) reste un grage, avec des caractéristiques physiques qui sautent aux yeux au premier coup d’œil (averti). Alors qu’un homme dans Paris, c’est parfois compliqué de savoir s’il veut du bien ou s’il veut du mal. Je profite de cette petite parenthèse pour poser qu’aujourd’hui la couleur d’un homme est moins une question de sang que de culture.&lt;br /&gt;
En plus de cela, je passais la plupart de mes journées de repos dans le Centre de Soins de l’association, qui recueillait des mammifères sauvages blessés (la plupart du temps des orphelins de la chasse ou des accidents de la route). J’entretenais les cages, je nourrissais les bêtes, et parfois j’élevais les orphelins. Depuis l’adolescence et par l’équitation, j’avais déjà l’idée que le sentiment ou la réflexion n’étaient pas des caractéristiques uniquement humaines, mais bien animales… Lorsque je me suis occupé de bébés singes-orphelins, alors j’ai été définitivement convaincu que l’amour n’était pas l’apanage de l’humain, ni la peine, ni la haine… Ni même la capacité d’apprentissage. Par là, je veux dire que c’est dans la confrontation au monde animal, et en prenant conscience de ma nature profondément animale que j’ai enfin trouvé l’humanité en moi, là où la confrontation avec l’humain-même avait échoué mille fois. Cette identité débarrassée de la hiérarchisation chère aux blancs est ma plus grande force je crois, et surtout elle m’a conduit à la suite, car pour le coup les hommes ne me manquaient pas du tout pendant ce temps-là… Or la solitude humaine est allée grandissante, et m’a mené à une période courte mais qui m’a vraiment beaucoup marqué, parce que c’est ce moment précis où tout a basculé au niveau de mon esprit (par esprit j’entends la partie immatérielle, non-organique, la chose de moi (de vous, de chaque chose qui vit, et même de chaque chose qui ne vit pas, mais ça c’est une autre histoire) qui quand elle quittera mon corps fera qu’on dira que je suis mort. Le constituant basique de mon être, la source de mes pensées, la chose dont beaucoup des gens de mon sang -mais pas de ma culture- ont peur alors que personne ne peut définitivement la nier, même le plus extrémiste des cartésiens rationalistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Affaire à suivre.</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>L'art et le religieux dans ma pratique. EPISODE 1.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/04/25/370-l-art-et-le-religieux-dans-ma-pratique-episode-1</link>
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    <pubDate>Wed, 25 Apr 2007 00:13:15 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>Un sacré dossier (Ha ha ha !) que je suis en train d'écrire pour un cours apparu cette année à la fac de Saint Denis. D'ailleurs, ce fait ne m'étonne pas : on est en plein dans l'actualité, ou du moins la mienne. 
Bref, ne vous inquiétez pas, je ne suis toujours pas devenu prophète. Voici donc la première partie presque achevée, prenez ça comme le premier épisode de la vie fantastique de Julien S.    Il est indéniable que mon nom de famille a eu des conséquences sur la construction de mon identité et ce dès mon plus jeune âge : à partir du moment où j’ai commencé ma scolarité j’ai été marginalisé, sujet à moqueries et parfois même maltraité physiquement dans les cours d’écoles ou de collèges.&lt;br /&gt;
Je me rappelle notamment d’un lynchage complètement gratuit en primaire où mes camarades soudainement transformés en une meute bestiale s’étaient défoulés sur mon plexus ! C’était comme un orage d’été, je ne l’ai pas vu venir et ça s’est dissipé aussi vite que c’était arrivé… A se demander même si ça avait vraiment eu lieu !  Mais pourtant je restais choqué face à une violence déclenchée par ce nom que non seulement je n’avais pas choisi, mais qui en plus ne me définissait pas. La respiration coupée et en sanglots, je n’avais qu’une question pour mon institutrice qui tentait de me réconforter : c’était &lt;em&gt;« pourquoi ? »&lt;/em&gt;, pourquoi cette injustice qui me donnait envie de mourir ?&lt;br /&gt;
Ce genre de péripéties m’a rendu un brin paranoïaque et surtout d’un caractère plutôt solitaire : à l’époque déjà, mon activité favorite c’était de fabriquer des histoires sans paroles, avec des crayons, du papier ou de la pâte à modeler… Car mon père en plus de son nom m’a donné le goût du dessin et dès que j’ai tenu assis il prenait ma main dans la sienne et ensemble nous dessinions des poissons…&lt;br /&gt;
Plus tard lorsque la colère me rongeait et que je voulais m’évader d’ici-bas, là où les autres me rendaient la vie invivable, je dessinais des jeunes garçons complètement nus qui s’envolaient vers le ciel sur le dos de chevaux fougueux et cabrés, sans aucun harnachement ; des femmes ailées, des animaux sauvages ou mythiques (oiseaux, Pégases, licornes, etc.) dans des paysages imaginaires où soufflait le vent de la liberté, avec comme un gout de Paradis…&lt;br /&gt;
Je n’explique pas tout cela pour jouer les martyres, car si dans l’enfance ces évènements ont été très durs à supporter, aujourd’hui je crois que c’est ce qui fait le plus profondément partie de mon identité : ça a participé à ma construction.
Mon but en exposant ces expériences (et les suivantes) est de montrer que très tôt, le grand &lt;em&gt;« Pourquoi ? »&lt;/em&gt; (Celui du Chaos, de la grande Injustice) s’est posé devant moi comme une question essentielle. Parallèlement, par la pratique du dessin et par la fuite dans l’imaginaire, je rétablissais l’équilibre dans ma propre vie.&lt;br /&gt;
 Dès le début de ma construction, ces deux caractéristiques m’ont donc prédisposé à me pencher sur la question des liens entre le religieux, la spiritualité et l’art, d’autant plus que j’ai été élevé dans une famille athée et cartésienne.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mes parents sont des blancs issus de plusieurs générations de blancs provenant de diverses régions de France (si on cherche plus loin, on trouve du métissage coté Inde, mais ça ne se voit plus depuis fort longtemps). &lt;br /&gt;
Comme beaucoup de français de leur temps, ils sont baptisés mais non-pratiquants : ils n’ont aucune foi dans le Dieu des chrétiens, et se définissent eux-mêmes comme athées.&lt;br /&gt;
Ils ont tous deux suivi des études plutôt du coté des Sciences : ce sont donc des cartésiens. Depuis que je suis petit par exemple, ma mère me dit souvent : &lt;em&gt;« Je suis comme Saint Thomas : je ne crois que ce que je vois »&lt;/em&gt; (on notera au passage que l’athéisme n’empêche pas les références à la Bible, mais ça c’est une autre histoire). Et au final, ce sont ces outils-là que mes parents m’ont donné pour me forger ma propre idée de toute chose : la vérification d’hypothèses par l’expérimentation scientifique et/ou l’observation participative et directe, le tout avec le souci d’une objectivité optimale. Je suis donc parti dans la vie sans religion mais avec un outil d’appréhension du monde qui m’entourait : l’expérimentation. Et j’ai aiguisé cet outil pendant ma croissance, sous l’impulsion de mes parents, devenue par la suite ma propre initiative.&lt;br /&gt;
Ma famille est très naturaliste : les vacances et les loisirs étaient tournés vers l’observation de la nature, de la faune et de la flore partout où nous allions. Mon père, passionné d’entomologie, collectionnait les papillons et durant notre enfance (mon frère et moi) la famille élevait des chenilles et des coléoptères venant des quatre coins du monde dans des vivariums… J’avais alors des carnets dans lesquels je notais les dates et autres spécificités des différents stades larvaires de nos bêtes, des mesures de tout et n’importe quoi en centimètres, les noms vernaculaires et latins des plantes qu’elles mangeaient et de tout ce qui les touchait de près ou de loin, je collais les peaux de mues, schématisais leurs comportements de nutrition ou de défense… En fait je dessinais beaucoup et ma famille m’encourageait dans cette voie en m’offrant régulièrement des encres, des pinceaux ou des crayons de couleurs. &lt;br /&gt;
Ce qui me fascinait le plus dans toutes les étapes de la vie de ces insectes, c’était la phase de la nymphose, cet état par lequel nos grosses larves asexuées et pataudes se transformaient en bêtes ailées, gracieuses et élégantes. Je suis resté des heures entières à scruter des chrysalides pour essayer d’en pénétrer le mystère, et si j’avais été sûr que ça n’aurait pas stoppé le processus en tuant les bêtes, j’aurai ouvert chacune des coques avec un scalpel pour voir « ça » de l’intérieur. &lt;br /&gt;
L’image de la chrysalide me fascine toujours aujourd’hui mais d’une autre façon, parce que j’aime l’idée que notre esprit se développe d’une façon similaire.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pendant les ballades familiales, le but était de réussir à observer un lapin, à attraper un lézard vert pour le voir de près, à identifier un oiseau, à la vue ou au chant. Un peu plus tard, sous l’impulsion de mon oncle paternel, je me suis passionné pour la chasse photographique, et pendant cinq ans (de 14 à 19 ans) j’ai passé le plus clair de mon temps à suivre une population de chevreuils dans un bois de l’Oise. J’apprenais leurs itinéraires et tentais (vainement à vrai dire !) de reconnaitre chaque individu, suivant le rut caché dans un fourré, cherchant les bois à l’automne, ramassant les crânes et les pattes sur les cadavres, fuyant les chasseurs pendant les saisons froides. Là encore je notais tout, et j’aimais particulièrement représenter les animaux (surtout les oiseaux) par le biais de dessins que je rangeais ensuite dans des classeurs ou des carnets d’observation.&lt;br /&gt;
Quand je n’étais pas dans le bois, je montais à cheval : une bonne école de la vie à de nombreux niveaux. AU niveau du dessin, l’anatomie comparée a été une véritable révélation : en comparant les squelettes, j’ai constaté que ceux des chevaux étaient très proches de celui des humains (à part des histoires de proportions)… Alors je commençais à replacer l’Humain dans l’Animal, et « moi » par la même occasion.&lt;br /&gt;
J’ai aussi appris à prendre soin d’un animal, à m’y adapter mentalement et physiquement (c’est au bout d’une semaine de stage et les fesses ensanglantées que j’ai appris à avoir de l’assiette !). J’ai d’ailleurs été assez marqué par un hongre capricieux avec lequel s’est développée une relation de confiance et de respect assez profonde. Il s’appelait Jardin de Paix, mais comme moi il ne méritait pas son nom ! Son caractère était assez particulier, et mis à part ses propriétaires, j’étais un des rares cavaliers à réussir à le monter d’une belle façon.&lt;br /&gt;

Du coup, lorsque j’ai dû m’orienter au niveau scolaire, je me suis dirigé vers les sciences naturelles (biologie, chimie, mathématiques, physique) pour répondre à cet intérêt envers le monde du Sauvage. Après une tentative manquée de virage vers le domaine artistique à la sortie du bac, je me suis tourné vers la biochimie : on a terminé de m’y asséner la méthodologie scientifique dans la cervelle à grands coups de théorèmes mathématiques (un véritable traumatisme, je vous jure !).
Heureusement je garde de cette période quelques bons souvenirs, comme celui de l’introduction à la physique quantique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La suite au prochain épisode...</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Influences dans ma peinture.</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/01/21/306-influences-dans-ma-peinture</link>
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    <pubDate>Sun, 21 Jan 2007 19:46:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>Un peu de redondance avec ce qui a déjà été écrit dans la catégorie, mais au moins les choses commencent à se mettre en place... Bonne lecture, et n'hésitez pas à corriger les fautes, je ne rends ce devoir que mardi ! (Marie, merci d'avance !)    La question de l’influence dans ma peinture m’a mené à creuser dans un domaine abordé lors de la rédaction de mon dossier de validation d’acquis en 2005. Déjà à l’époque, j’avais interrogé dans une certaine mesure mon intérêt inconditionnel pour les cultures d’ailleurs et l’indifférence que générait en moi l’art occidental, qu’il soit contemporain ou non. J’avais expliqué le phénomène par ma culture familiale :&lt;br /&gt;
Il se trouve que mes parents ne m’ont jamais vraiment poussé vers l’art occidental. Je visitais le Musée de l’Homme, les galeries du Jardin des Plantes plutôt que le Louvres ou les galeries d’art. Eduqué dans la curiosité pour la nature et les hommes avec des approches naturalistes et ethnologiques, je m’extasiais devant des dessins de Buffon ou d’Audubon, des récits d’expéditions anciennes plutôt que face à un tableau de De Vinci ou au David de Michel-Ange… Plus tard, le domaine artistique a même pris un goût d’interdit lorsque mes parents m’ont refusé une scolarité dans le domaine de l’art (il est clair qu'on a déjà vu mieux en terme de sécurité de l'emploi !).
Ainsi ma culture artistique occidentale n’a jamais été plus élevée que la moyenne nationale (déjà pas bien haute !) : je connaissais la Joconde de nom, et avais vu quelques reproduction d’Ingres ou de Picasso dans mes livres d’Histoire... Et je n’ai pas cherché à en savoir plus, même quand l’envie s’en est fait sentir…&lt;br /&gt;
D’un autre coté, j’ai développé un intérêt pour l’exotisme lors de voyage en famille (Afrique et dans les Amériques) durant lesquels je découvrais sur le terrain des civilisations et des arts d’ailleurs, leurs histoires, leurs fonctions et aussi parfois quelques modes de fabrication. Cet intérêt a été amplifié par un phénomène exposé aussi dans mon dossier de VAE : de par certaines de mes singularités, je me suis marginalisé dans mon enfance suite à diverses agressions (mon nom par exemple n’a pas été facile à gérer pendant les premières années !). D’un autre coté, j’étais totalement intégré lors de mes voyages en terres lointaines baignées par des cultures totalement différentes de la mienne (au Sénégal, en Guyane notamment). Vivant en banlieue, j’étais aussi aux premières loges pour observer les diverses formes de ségrégations (dont le racisme).&lt;br /&gt;
Avec tout ceci, j’ai rejeté l’Occident qui ne semblait pas m’intégrer (les enfants ont parfois de drôles d’idées) et me suis identifié à certaines populations d’ailleurs, certaines causes exotiques.&lt;br /&gt;
Voici donc quelques explications qui, si elles me semblent toujours correctes, ne dépeignent pas intégralement le tableau de mes influences.&lt;br /&gt;
Aujourd’hui, après trois semestres de réflexions sur ma propre démarche, je pense pouvoir apporter d’autres éléments d’explications à cette double réalité. Je crois aussi avoir compris comment elle se manifeste dans mes productions actuelles, et pourquoi elle résiste encore aux incitations scolaires qui poussent les étudiants à nourrir leurs productions plastiques de l’Art Contemporain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’intérêt pour la nature et les hommes qu’ont généré mes parents m’a conduit à suivre différentes formations, dont la deuxième à l’Université de Nanterre, en histoire/ethnologie (1997/1999). Un double cursus des plus intéressant puisqu’il m’a permis d’assister à des cours qui m’ont influencé par la suite dans ma pratique : Histoire de l’art africain, de l’art précolombien, cours de musicologie. Ces cours m’ont apporté beaucoup de choses dont deux qui aujourd’hui encore sont présentes dans mon travail :&lt;br /&gt;
J’ai eu la chance de pouvoir étudier les cultures précolombiennes du Mexique trois ans après avoir visité les sites archéologiques du pays avec mes parents. Sur le terrain ou par la théorie, j’ai pu appréhender la richesse historique et artistique de l’ « Antiquité » mexicaine, découvrir la complexité des sociétés aztèques, toltèques (et autres noms en -èques), de leurs traditions, leur conception de la vie, de la mort, de la guerre. C’est alors qu’est né mon intérêt particulier pour les cultures amérindiennes, et j’ai commencé à étudier les contes et légendes des peuples natifs américains, sans me restreindre au Mexique ou à l’ère précolombienne.&lt;br /&gt;
C’est à cette époque que je me suis accaparé certains symboles des peuples précolombiens du Mexique : &lt;br /&gt;
- Aux stèles de Palenque représentant les grandes batailles, j’ai volé la symbolique des yeux : s’ils sont ouverts ils appartiennent aux vainqueurs, ceux qui ont gagné leur Guerre et qui sont libres ; s’ils sont fermés, ce sont les yeux des perdants, des prisonniers devenus esclaves. J’ai repris ces symboles en fonction des états psychiques dans plusieurs séries, dont les toiles organiques…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Plume-en-tete.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Plume en tête&lt;/em&gt;, 2004  &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Peinture/Organiques/Arbre.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Arbre en tête&lt;/em&gt;, 2004 &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
… Mais aussi dans la récente série des échographies : ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le personnage de la &lt;em&gt;Toile sans titre&lt;/em&gt; a les yeux ouverts et exorbités.&lt;br /&gt;
- J’ai aussi intégré à mes productions les volutes qui dans la symbolique aztèque représentent le chant, la matérialisation de la parole, la voix. Le vol a été commis au Musée d’Anthropologie de la ville de Mexico en 1997 sur le &lt;em&gt;Paradiso de Tlaloc&lt;/em&gt;. Je l’ai récemment raconté dans &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2006/03/30/112-chanteurs-chanteuses-chantons-chantez&quot;&gt;ce texte illustré&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Pourquoi ce rapport à la parole, pourquoi la matérialiser ? Et bien sans doute parce que je ne crois qu’en la tradition de transmission orale (par opposition à la tradition écrite). Ces bouches ouvertes sont autant de paroles, de hurlements et de chants qui psalmodient leurs vérités et créent les harmonies…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
En fac d’Ethnologie, j’ai aussi pu étudier les pygmées d’Afrique équatoriale et leurs productions artistiques. J’ai pu constater comment leur milieu de vie influençait les akas et les bakas dans leurs arts : les productions (peinture et gravures sur écorces, mais surtout chants polyphoniques) ressemblent à la grande forêt équatoriale dans leurs structures. Elles sont constituées d’une multitude de symboles, signes, éléments porteurs de sens qui assemblés, superposés créent un tout unique et indissociable. Les chants polyphoniques des pygmées recréent l’unité à partir de la multitude comme les blocs verts que sont les grandes forêts équatoriales doivent leur cohésion à une faune aussi riche qu’invisible… Le hasard a voulu que cette découverte ait coïncidé avec celle de la forêt de Guyane que je partais arpenter à la moindre semaine de vacances. L’histoire des pygmées est alors entrée dans la mienne.&lt;br /&gt;
Un peu plus tard, j’ai découvert sur ARTE un documentaire sur les pygmées, diffusé tard le soir. Un film en noir et blanc, sans commentaires, sans ajout de son, avec des scènes de vie et des longs plans fixes chargés de poésie. Ce film est encore gravé dans ma mémoire : je voyais à travers l’écran que des gens du même siècle que moi arrivaient à vivre en harmonie avec leur environnement, je dirai même en symbiose. Quelle émotion de les voir chanter avec une facilité déconcertante des mélodies aussi complexes et raffinées que celles de nos grands compositeurs classiques, de les voir jouer du tambour d’eau. Ils riaient, ils se souriaient. Tout le monde avait l’air de s’apprécier (Baka de Thierry Knauff, 1995).&lt;br /&gt;
Ce film a déclenché quelque chose chez moi. Très peu de temps après, j’ai repris le noir (et blanc) du film pour commencer une série de dessins. Depuis, le noir me suit et je ne peux m’en débarrasser, même quand on m’y exhorte. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Autres%20images/Hallali.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Première Hallali&lt;/em&gt;, 1998&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img src=&quot;http://blog.julien-salaud.info/public/images/Autres%20images/Nzenzenze.jpg&quot; alt=&quot;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Nzénzénzé, enfant chantant&lt;/em&gt;, 1999&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y avait dans ces images de pygmées l’idéal que je cherchais, un trésor de réponses auxquelles la société française n’avait pas su répondre. Alors je suis parti me chercher ailleurs : un an et demi plus tard je vivais en Guyane et avais trouvé un travail me permettant d’étudier la grande Forêt. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans mon dossier de VAE, j’ai aussi parlé de mon expérience de vie en Guyane. Une expérience courte mais intense, puisque pendant trois ans j’ai pu découvrir la forêt et une partie de la population guyanaise. J’en ai parlé dans un texte récent publié &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/01/20/304-quel-exotisme-pour-quelle-globalisation&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;«  De 2000 à 2003, j’ai travaillé comme chargé de mission pour l’association Kwata en Guyane. Cette association a la particularité de travailler comme un bureau d’étude et s’attache à proposer aux décideurs locaux des outils de gestion durable permettant d’intégrer les problématiques environnementales au développement économique du département français. Lors des différentes études que j’ai participé à mener, et grâce aux enseignements de Benoît de Thoisy (un des rares chercheurs français à ne pas étudier la forêt guyanaise comme s’il s’agissait d’une annexe du bois de Vincennes) j’ai pu embrasser dans une certaine mesure l’immensité du milieu naturel intact qu’est la grande forêt de Guyane, mais aussi la complexité des interactions entre la multitude d’éléments qui la constituent. […]&lt;br /&gt;
Parallèlement, mes parents et moi avons tissé des liens forts avec une famille d’amérindiens wayanas vivant dans le village d’Antécum Pata à l’intérieur de la zone (soi-disant) protégée qui couvre la moitié sud du département. Avec eux j’ai découvert une vie en harmonie avec l’environnement (un modèle correspondant à celui de la gestion durable des ressources), que les hommes font partie de la nature (alors que les occidentaux ont tendance à s’en exclure) mais aussi un communautarisme -auquel j’opposerais l’individualisme rencontré dans nos régions. »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
D’une certaine manière, je considère que mon esprit est né en Guyane, suite aux expériences vécues dans la forêt ou auprès des indiens, comme des rites de passages (cf explications de la notion dans le projet &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2006/01/25/71-imago-un-rituel-pour-le-siecle-nouveau&quot;&gt;Imago&lt;/a&gt;) qui auraient apporté des réponses à chacune de mes questions : comment tout fonctionne, quelle est ma place dans la nature, quelle est ma place parmi les hommes, que dois-je faire ?&lt;br /&gt;
La Guyane est au moins importante dans mon art parce que c’est en son sein que j’ai découvert (ou choisi ?) ma place et décidé de devenir artiste. Cette expérience a aussi marqué mon travail dans le sens où plusieurs de mes récents travaux sont en rapport directs avec le phénomène décrit ci-dessus, que j’appelle aussi « la maturation de l’esprit » : par exemple, &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-2005-en-cours/chirurgieplastique1#gallery&quot;&gt;&lt;em&gt;Chirurgie plastique&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; parle de la déstructuration, restructuration de l’individu lors du passage à la maturité ; &lt;a href=&quot;http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/gallery/peinture/echographies-2005-en-cours/nueeiii#gallery&quot;&gt;&lt;em&gt;Nuée III&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; porte sur l’impression d’explosion que l’on ressent lorsqu’on change d’état (à mettre en parallèle avec un poème que j’ai écrit en 2002 : &lt;em&gt;A la verticale/Une projection parfaite / m'étale sur les trocs, / me divise et me complète / ennuées de papillons&lt;/em&gt;).&lt;br /&gt;
Les conséquences dans mes travaux de la rencontre avec les cultures indiennes (surtout les wayanas et les palikurs) se font sentir dans le phénomène suivant : comme les contes indiens, mon travail mêle les dimensions et les temporalités, il confronte les extrêmes et les antagonismes. Je dois creuser dans cette voie car je ne suis arrivé à cette constatation que très récemment, lorsque l’intervenant du cours –dont j’ai oublié le prénom- m’a demandé comment la culture amérindienne transparaissait dans mes toiles.&lt;br /&gt;
Enfin, je dirai que cette expérience d’un lieu et d’une culture inconnus m’a donné du recul par rapport à ma propre civilisation, comme les voyages faits dans l’enfance et l’adolescence, mais de façon bien plus intense. &lt;br /&gt;
La découverte de l’ailleurs permet les comparaisons entre les différents lieux et les différents peuples. Ces comparaisons permettent à leur tour de mettre en évidences les dissemblances, mais surtout (et au final, c’est vraiment ce qui m’importe) les similitudes entre les différentes entités. L’ethnologie est dans le domaine la discipline la plus valable : elle est capable de tirer des globalités, des généralités à partir de l’observation d’échantillons. C’est par exemple en comparant diverses communautés humaines que Arnold Van Gennep a mis en évidence l’existence des rites de passage (cette notion qui m’est si chère) dans chacune d’elle, et à réussi à dégager un schéma global de déroulement de ces rites, applicable à chacun de ses dérivés locaux.&lt;br /&gt;
Cette approche ethnologique est très présente dans mon travail, surtout dans la série des peintures échographiques : j’y ai un réel souci de représenter un sujet par ce qu’il a d’universel, de global. Ceci explique sans doute que mes personnages n’aient aucun (sinon très peu) d’attributs vestimentaires qui donneraient des indices sur leur provenance spatiale ou temporelle. C’est sans doute aussi à cette volonté de globalisation que répond le phénomène de balayage (dans les peintures échographiques et les topographies) que vous avez récemment mis en lumière.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, j’aurai tendance à dire que je suis une sorte de métis culturel, et c’est cette culture multiple que j’essaie de préserver, d’entretenir, mais aussi de transcrire et de partager dans mes travaux plastiques. En tout cas c’est au moins vers ceci que je veux tendre.&lt;br /&gt;
Or, aujourd’hui je vis à nouveau en France métropolitaine, baignant donc dans la culture occidentale que j’ai déjà pratiquée pendant les 20 premières années de ma vie. Quelques fois je me sentirai presque inondé. Dans ces conditions et face à l’immersion, mon équilibre passe par le maintien des liens avec mes autres racines (par le voyage, les livres et les expositions ou encore les émissions de télé -quand elles sont un minimum valables), mais aussi lorsque le besoin s’en fait sentir par une prise de distance par rapport à l’Occident. &lt;br /&gt;
Voilà donc pourquoi je continue encore à repousser très régulièrement et tant que faire se peut tout ce qui est du domaine artistique occidental. Durant certains cours théoriques à l’Université par exemple, je refuse de me lancer dans des débats qui pour moi sont stériles, car complètement déplacés. La France dans son obsession de la théorisation a d’ailleurs la palme dans la catégorie « J’invente des concepts jusqu’à me décoller de la réalité ». En cela, je refuse d’être français. Je tiens coûte que coûte à garder les pieds sur terre et à cultiver un point de vue le plus visionnaire possible… Je sais que c’est très ambitieux, mais il me semble qu’on ne va jamais bien loin quand on vise de petits objectifs. &lt;br /&gt;
Cependant, il va de soi que si je veux affiner la vision globale de l’Humanité que je souhaite peindre, je ne peux pas non plus repousser complètement l’Occident, surtout en sachant que ce sont ses populations que je vise ! Je crois que c’est sur ce point que se situe mon problème actuellement quand à la gestion de mes influences.&lt;br /&gt;
Le souci de préservation et d’entretien de mes racines « exotiques » est né avec mon retour en France métropolitaine. Durant les premières années qui ont suivi cet évènement, j’ai subi d’énormes changements, ce qui est tout à fait normal car même si j’ai essayé de vivre ici à la façon guyanaise, j’ai vite dû me résoudre à m’adapter à mon nouvel environnement sans quoi je risquais de redevenir un marginal et de me déconnecter de la réalité occidentale. Il n’empêche que ces changements m’ont affolé : j’avais peur de perdre mes acquis. Aujourd’hui, j’ai réussi à surmonter cette peur : ce qui m’a construit ne changera jamais et je crois, du peu de recul dont je dispose, que mes expériences de l’Ailleurs restent et resteront un acquis stable, un fondement de mon identité. La vie à l’Occidentale n’altèrera pas cela. Du coup, je crois pouvoir enfin commencer à concilier mes racines occidentales et les autres.&lt;br /&gt;
C’est important, car je ne peux pas nier que c’est grâce au timide début d’ouverture à l’Art Contemporain l’année dernière que j’ai pu progresser dans mes travaux : la série des peintures échographique me semble d’ailleurs plus tenir de ce mouvement que de l’art traditionnel d’Afrique ou des Amériques, au moins dans sa forme. L’un des objectifs à atteindre maintenant est de réussir à maintenir un équilibre entre mes diverses racines quel que soit le lieu où elles prennent leurs sources.</description>
    
    
    
      </item>
    
  <item>
    <title>Quel exotisme pour quelle globalisation ?</title>
    <link>http://blog.julien-salaud.info/index.php/post/2007/01/20/304-quel-exotisme-pour-quelle-globalisation</link>
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    <pubDate>Sat, 20 Jan 2007 12:39:32 +0000</pubDate>
    <dc:creator>juliens</dc:creator>
        <category>Influences, thèmes, analyses de Jules</category>
            
    <description>Devoir scolaire sur un sujet vaste, mais captivant. Je suis allé dans tous les sens, y'a de la répétition à foison et quelques blagues (j'étais d'humeur joyeuse pendant la rédaction, allez savoir pourquoi...), mais (je crois) le principal y est...    Je dois bien avouer que je me suis d’abord trouvé fort dépourvu face à l’ampleur de ce sujet. L’exotisme est « ce qui n’appartient pas à nos civilisations d’Occident, est apporté de pays lointains ». Il peut donc venir de bien des lieux, bien des époques et a déjà été le vecteur de bouleversements radicaux dans l’Histoire et dans l’Art notamment : Quelles ont été les conséquences de la découverte des peuples d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie par les européens sur les populations des différents continents ? Le cubisme n’a-t-il pas ses racines dans les statues d’Afrique Noire, l’impressionnisme dans les estampes japonaises que possédaient Manet ou Monet ? La Renaissance n’est-t-elle pas une résurrection de l’Antiquité ? Pour autant, l’exotisme se résume-t-il à des peintures ou sculptures venues d’ailleurs, à des influences artistiques ? Qu’en est-il des rites, légendes et coutumes des peuples de terres lointaines ? Quelle part de culture d’ailleurs l’exotisme insinue-t-il en Occident ? Quel est le rôle de l’Art dans cette insinuation ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;
Si l’exotisme soulève une armée de questions concernant ce qui passe de l’extérieur vers l’Occident, la globalisation intègre en plus une réciproque : comment l’exotique évolue-t-il au contact de l’Occident ? Dans la question « quel exotisme pour quelle globalisation ? » je commence alors à voir toute une imbrication gigantesque de liens entre des indigènes et des exotiques, des allers-retours permanents des uns aux autres, ces interactions qui constituent le ciment même de la globalisation. Notre (vaste) sujet part de l’Occident et s’ouvre vers le monde entier : c’est une question d’expansion dans l’espace, mais je pense aussi dans le temps, car ces deux mots ne sonnent définitivement pas de la même époque.&lt;br /&gt;
Le terme Exotisme date de la moitié du XIX siècle. Je trouve qu’il véhicule une image stéréotypée de vahinés se déhanchant au son du yukulélé, le mythe du Bon Sauvage, mais aussi tout un pan de l’histoire européenne encore mal assumé. L’Exotisme implique un centre, un point de départ : il renvoie au passé explorateur et colonialiste d’une Europe ethnocentriste.&lt;br /&gt;
Le terme globalisation quant à lui est arrivé en 1964. C’est donc un mot bien plus récent. Il ne sous-entend plus de centre au monde mais pointe plutôt un ensemble actuel, voir même un idéal vers lequel tendre à l’avenir. &lt;br /&gt;
Alors la question « quel exotisme pour quelle globalisation ? » se pose aussi en terme de transition dans le temps : quelles évolutions dans les rapports interculturels pour quel village global ?&lt;br /&gt;
Afin d’éviter de trop m’éparpiller, je vais réfléchir le sujet à rebours : « quelle humanité pour demain ? » me mènera à choisir la globalisation envisageable, puis à définir les échanges interculturels (domaines et qualités) et un exotisme permettant potentiellement de l’atteindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour parler de l’avenir de l’Humanité, mieux vaut commencer par faire un constat de ce qu’elle est aujourd’hui, de façon à définir les grands enjeux actuels dans le mouvement de globalisation. C’est donc dans cette première partie que je vais restreindre l’espace de mon sujet et poser mes postulats.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;

Faire ce constat est un exercice que je trouve très dangereux : dans mon idée, personne ne dispose dans l’absolu ni du recul historique, ni de l’impartialité culturelle nécessaires : je ne suis pas historiciste, mais replacer des évènements dans une chronologie me semble une des actions nécessaires à la compréhension d’une évolution ; de l’autre coté, parler de l’humanité du point de vue de sa propre identité culturelle (est-ce possible autrement ?) peut mener à poser des généralités trop grossières mais maintes fois entendues dans des réflexions finalement stériles, car manquant de nuances.&lt;br /&gt;
Cette angoisse du non-pertinent m’incite à ne pas me lancer dans des domaines que je ne maitrise que très mal, comme par exemple la globalisation de l’économie de marché avec l’émergence de pays comme la Chine au développement exponentiel (et aux marchés alléchants) ou le Brésil, pionnier en matière d’énergies renouvelables. Je me lancerai plus volontiers dans le débat très actuel sur les concepts de développement durable où s’opposent capitalistes, écofascistes, altermondialistes et bien d’autres protagonistes qui se définissent par des termes aux suffixes en -istes (très à la mode ces temps-ci)...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour ma part, je vais essayer de rester le plus objectif possible et me baser sur ma courte (mais riche) expérience. De 2000 à 2003, j’ai travaillé comme chargé de mission pour l’association Kwata en Guyane. Cette association a la particularité de travailler comme un bureau d’étude et s’attache à proposer aux décideurs locaux des outils de gestion durable permettant d’intégrer les problématiques environnementales au développement économique du département français. Lors des différentes études que j’ai participé à mener, et grâce aux enseignements de Benoît de Thoisy (un des rares chercheurs français à ne pas étudier la forêt guyanaise comme s’il s’agissait d’une annexe du bois de Vincennes) j’ai pu embrasser dans une certaine mesure l’immensité du milieu naturel intact qu’est la grande forêt guyanaise, mais aussi la complexité des interactions entre la multitude d’éléments qui la constituent. Pour l’européen que je suis, élevé sur des terres modelées par des millénaires d’occupation, c’était là une double nouveauté : il existe encore des terres vierges où la nature est souveraine. Ces terres sont des espaces potentiellement exploitables par l’homme. Nous les européens (plus que les nord-américains qui ont encore de l’espace à disposition) ne sommes pas forcément conscients de cela, préoccupés depuis tant d’années par la surpopulation sur la planète ou la gestion des espaces (naturels ou non).&lt;br /&gt;
J’ai aussi pu constater les impacts des activités humaines (chasse et déforestation) sur ces zones vierges ouvertes à l’accès par de nouvelles pistes ou encore une partie des conséquences de la soif de l’or qui pousse une quantité phénoménale de clandestins des pays frontaliers (notamment le Brésil) à venir orpailler illégalement sur l’intérieur de la Guyane (un des derniers grands blocs de forêt tropicale humide). Là, j’ai observé un mode d’expansion humaine, de colonisation de territoire, appris que le profit financier n’était plus un modèle typiquement occidental, mais qu’il s’était bel et bien exporté aux quatre coins de la planète (ce qui d’ailleurs est tout à fait compréhensible)… J’ai aussi pu constater que de nombreux peuples avaient perdu leur conscience écologique lors de transitions culturelles souvent brutales.&lt;br /&gt;
Parallèlement, mes parents et moi avons tissé des liens forts avec une famille d’amérindiens wayanas. Avec eux j’ai découvert une vie en harmonie avec l’environnement (un modèle correspondant à celui de la gestion durable des ressources), que les hommes font partie de la nature (alors que les occidentaux ont tendance à s’en exclure) mais aussi un communautarisme -auquel j’opposerais plus tard l’individualisme rencontré dans nos régions- actuellement déchiqueté par l’arrivée brutale de la culture occidentale, au point que le nombre de suicide chez les jeunes atteint des proportions alarmantes (entre autre symptôme).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A mon retour de Guyane en 2003, j’ai redécouvert la métropole avec un regard nouveau, ahuri devant les dépenses en énergies, en eau, carburants, marchandises, etc. : la surconsommation m’est alors apparue comme un mode de vie. La semaine dernière, j’ai vu le même gâchis à New York où les appartements sont tellement chauffés que les fenêtres sont ouvertes alors qu’il ne fait que quelques degrés à l’extérieur (un exemple anecdotique, mais il faut aussi voir les climatiseurs à toutes les fenêtres, les bouffées de chaleur à l’entrée de chaque bâtiment, la quantité énormes de grosses voitures, etc.). Tout ceci me rappelle une récente information diffusée par le WWF dans son r&lt;em&gt;apport Planète Vivante 2006&lt;/em&gt;: il « confirme que nous utilisons les ressources de la planète plus vite qu’elles ne peuvent se renouveler – les dernières données disponibles (pour 2003) indiquent que l’empreinte écologique de l’humanité, notre impact sur la planète, a plus que triplé depuis 1961. A présent, notre empreinte excède d’environ 25% la capacité du monde à se régénérer ». Le contenu du rapport est sans doute critiquable, à tors ou à raison, peu importe. Pour moi, il est surtout la preuve d’une certaine prise de conscience en Occident, tout comme l’apparition de l’impact écologique dans les arguments de vente publicitaires (Ariel, Peugeot, etc.).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ainsi, et pour faire de grossières généralités à la limite de la caricature, aujourd’hui nous avons d’un coté des occidentaux qui initient une remise en question de leur schéma de développement hyperconsommateur des ressources ; et de l’autre des exotiques qui transitent de plus en plus vers ce schéma… Nous nous retrouvons donc avec une Humanité majoritairement en mode glouton. Si je devais souhaitez une globalisation, c’en serait une qui permette de sortir de cet état.&lt;br /&gt;
Par quels critères une telle évolution pourrait-elle se produire ? Je vous rassure de suite, n’ayant jamais accroché avec la science-fiction, je vais d’emblée écarter l’hypothèse d’une humanité extra-terrestre ! Je préfère pour l’instant développer une idée, celle que le problème soulevé ci-dessus a ses ancrages dans plusieurs phénomènes imbriqués les uns dans les autres, applicables à tous les gloutons, indigènes comme exotiques : le premier est dans le rapport à la nature, le deuxième dans le domaine de la spiritualité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le rapport à la nature ne se résume pas au simple environnement naturel, ou à la préservation des fleurs et des (jolis) petits papillons. Si je me permets de me lancer dans cette voie, c’est qu’il me semble y avoir là le symptôme de quelque chose de bien plus profond. &lt;br /&gt;
Qu’est-ce que la nature ? Comment la définir dans sa globalité ? Je vais maintenant poser une autre de mes idées : la nature c’est la vie, et la vie c’est le mouvement : de l’espace et du temps. C’est une définition très globale, mais du coup elle permet d’intégrer dans le terme le règne du vivant incluant l’humain, mais aussi celui du minéral (ces deux règnes formant la partie émergée de l’iceberg), ainsi que tous les évènements qui les transforment comme à notre échelle la mort, la reproduction, la maladie, le domaine de l’esprit (le grand tabou de la France actuelle), les changements climatiques les bouleversements géologiques, la croissance et la décroissance, la guerre, la faim, l’hiver ou la marée… J’arrête ici la liste en espérant qu’elle est suffisamment complète pour donner une bonne image de ce qu’elle représente pour moi.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C’est bien souvent de cette façon que les ruraux (quelques soient leurs terres – je n’ose plus les appeler exotiques) définissent la nature. Ce qui est d’ailleurs tout à fait logique, puisqu’ils côtoient sa partie « visible » (vivant et minéral) au quotidien : lorsqu’on est chasseur-cueilleur, on connait les cycles de vies et leurs interactions, ce qui du coup donne accès à toute la partie « invisible » (le reste de ma liste et bien d’autres choses). On peut voir fluctuer les populations de gibiers à cause d’un changement climatique « naturel » qui en modifiant par exemple la période de fructification des plantes bouleversera leurs réserves alimentaires (famine chez les chasseurs). Du coup, certains individus du clan vont devenir des sentinelles, surveillant et analysant les évènements naturels et leurs conséquences. Face au danger ou dans le besoin les rôles se distribuent, la communauté se structure, la solidarité émerge. Les gestes du quotidien sont eux aussi analysés, on mesure leur coût en énergie (toujours avoir des réserves en cas de coup dur) leur portée et leurs conséquences. Alors il y a une conscience de ses propres actes, de la nature des choses et de soi, ce qui ouvre la porte vers le spirituel (par là, j’entends le domaine de l’esprit : apparition, maturation, disparition, et interactions avec l’environnement), la structure sociale se rigidifie et les traditions s’établissent. La connexion entre l’individu et son extérieur est en marche.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Par contre, en général chez les urbains la nature est rejetée aux portes du milieu de vie.  Ajoutons à cela que dans les grandes villes (à la mode occidentale, mais que l’on retrouve maintenant sur tous les continents) il y a de plus en plus un grand souci de sécurisation : personne ne doit mourir, être blessé, handicapé, avoir mal, faim ou soif (et j’en passe). Les mécaniques de nos grandes métropoles occidentales sont bien rodées dans le domaine et du coup pas de besoin, pas de danger… La solidarité n’est plus indispensable (l’Etat se charge de l’entraide), on part vers l’individualité, puis l’individualisme et le culte de la liberté (celle de recréer le besoin et le danger qui sont d’indispensables moteurs dans le développement d’une personne)… La structure sociale s’ébranle, les traditions s’effritent, les esprits s’empâtent, et la communauté se déstructure.&lt;br /&gt;
Les hommes gloutons me paraissent être des hommes-enfants : quelque part, leur esprit manque de maturation... Idée que j’ai pu affiner grâce à l’ethnologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nos ethnologues contemporains, notamment les nord-américains soulèvent depuis quelques années ce problème de société occidental particulièrement perceptible à partir de ma génération, qui a une légère tendance à vouloir &lt;em&gt;« jouir des prérogatives de l’enfant en n’en étant surtout plus un, tout en jouissant des prérogatives de l’adulte en n’en devenant surtout pas un »&lt;/em&gt;… L’origine de cette crise est identifiée par eux comme étant la  disparition  des rites  de  passages  dans  les  sociétés  occidentales, rites ayant pour fonction de rythmer la vie des hommes et des femmes, en les poussant à passer d’un statut social à un autre (de l’enfant à l’homme, ou encore de l’homme au mari, etc. jusqu’à la cérémonie de décès). Le problème réside en somme dans une anomalie au niveau de la maturation de l’esprit (hypothèse à laquelle j’adhère totalement), et sa résolution, avant même qu’on envisage l’établissement ou le rétablissement de je ne sais quelle(s) coutume(s) doit passer par son intégration dans la conscience collective (car si un seul individu tente une solution à l’échelle clanique, il sera -certainement à raison-qualifié de gourou). Ce qui pour l’instant est loin d’être le cas, notamment en France où l’approche ethnologique n’est pas encore passée du niveau théorique à celui de l’application (c’est fort dommage, surtout dans une société pluriethnique comme la notre). Le Canada par contre utilise depuis plusieurs décennies déjà l’approche ethnologique (là-bas ils disent anthropologique) et les résultats sont plutôt positifs.&lt;br /&gt;
Ce qui me semble intéressant dans cette approche, c’est la méthode d’analyse. Et c’est en lisant Arnold Van Gennep (&lt;em&gt;Les rites de Passage&lt;/em&gt;) que j’ai trouvé la clef : il a étudié les cérémonies de nombreuses et diverses communautés et en a tiré un unique schéma, quelque chose d’universel. C’est à partir de cette universalité que les ethnologues contemporains ont pu diagnostiquer la source d’un mal.&lt;br /&gt;
Dans la globalisation que je souhaite, j’aimerai voir les rapports interculturels fonctionner de cette façon : que chacun face à l’exotisme parte de cas particuliers, en dégage une universalité pour s’en servir où qu’il aille ensuite et sans pour autant négliger les spécificités locales. Ramener une statue ou un conte d’ailleurs n’est constructif que si l’on pose entre les deux un pont qui fera liens : la statue dogon ou la légende wayana ne prendront leur ampleur qu’accompagnée de leurs cadres culturels.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour agir vers une globalisation somme toute très idéale (au moins peut-on essayer d’y tendre), il faut donc commencer par penser global. Et selon moi, le meilleur moyen d’y parvenir est d’en passer par les méthodes des sciences humaines, l’ethnologie bien sûr, mais aussi la sociologie par exemple ou toute autre matière envisagée à grande échelle plutôt qu’à un niveau local (grande tendance dans les disciplines de savoir que j’applaudis au passage), sans quoi l’exotisme risque de n’être que le terne reflet de l’indigène dans l’exotique. Tout ceci me mène maintenant à parler d’une certaine sorte d’exotisme, et pour l’aborder, je vais partir du débat actuel autour du out neuf Musée des Arts Premiers.&lt;br /&gt;
L’ouverture du Musée a fait couler beaucoup d’encre l’été dernier. Le débat portait (et porte encore, nous l’avons récemment abordé en cours) sur la présentation des pièces comme des œuvres d’arts, coupées de tout leur contexte socioculturel. Pour me placer le débat, je dirais que ce choix est fort regrettable. D’abord parce que la notion d’œuvre d’art n’est pas universelle, ensuite parce que du coup, les objets s’ils sont coupés de leurs contextes perdent toute leur valeur symbolique ou magique. Je vais pour développer ces points m’appuyer sur l’exemple de la collection d’Afrique Noire du Musée.&lt;br /&gt;
Prenons l’exemple de n’importe quelle parure de tête zoomorphe. Ces masques sont en général créés puis chargé de leurs pouvoirs pour des rituels particuliers, ils sont sortis	uniquement à l’occasion de ces cérémonies qui reviennent à chaque nouveau calendrier, parfois plusieurs saisons d’affilé. Lorsque leur état d’usure est considéré comme trop avancé, ils sont alors destitués de leurs pouvoirs d’invocation et perdent toute leur valeur : elles sont jetées ou oubliées dans un coin. C’est souvent à ce moment que les objets sont récupérés par les occidentaux. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
J’ai décrit là un schéma très généraliste, et invalide dans certains cas (toute généralité a ses exceptions), mais elle a tout de même le mérite de soulever la question du rapport entre un créateur et ses créations. L’Afrique Noire n’a traditionnellement pas une culture de Musée et ne partage pas la notion d’art avec l’Occident (ce qui est en train de changer, certaines anciennes colonies demandent actuellement que la France leur rende des pièces issues de leur culture). Les pièces de la collection africaine n’ont de valeur pour les peuples qui les utilisent que dans le cadre de leur utilisation.&lt;br /&gt;
Il me paraît alors très déplacé de présenter ces pièces comme des œuvres d’art. Pire encore, les couper de leur contexte revient en quelque sorte à exposer un tas d’ordures ! De plus, face à cette présentation, le public passe à coté de toutes les riches histoires, toutes les émotions, toute la dimension magique et spirituelle des pièces. C’est un exotisme dénaturé qui est exposé ici. Du coup je pense qu’il n’aura pas l’impact qu’il aurait pu avoir, et l’emballage esthétique dont il a fait l’objet ne contrebalancera pas ce cruel défaut.&lt;br /&gt;
Imaginons, un instant que les œuvres du Louvres soient déplacées à Ouagadougou pour une exposition temporaire… Je serais alors assez curieux d’entendre leur ressenti face à la production européenne, surtout si elles étaient exposées sans aucune explication (hypothèse impossible, les commissaires d’exposition colleraient des romans sous les tableaux pour être sûr que les œuvres prennent toute leur ampleur). Dans ce cas, leurs interprétations seraient basées sur leurs cultures et dénatureraient complètement les œuvres. Ce que je souhaite démontrer par cet exemple, c’est que si les pièces de la collection africaine du Musée du Quai Branly ne devraient pas être présentées comme des œuvres d’art à la mode européenne, elles n’en partagent pas moins avec les productions européennes plusieurs grandes généralités dont une qui me tient particulièrement à cœur. Je vais pour cette dernière étape m’appuyer une dernière fois sur des propos d’Arnold Van Gennep.&lt;br /&gt;
Selon lui, les rites de passage sont des catalyseurs dans les processus de maturation de l’esprit qui mène des individus vers une pleine conscience de leur environnement. C’est aussi un lieu d’accès à la spiritualité ou autrement dit à la nature comme je l’ai décrite plus haut, fonction qu’ils partagent avec l’art. Arnold Van Gennep présente donc l’art comme un lieu d’accès aux choses du spirituel. C’est une hypothèse que je partage avec lui, j’en ai récemment parlé sur mon blog d’artiste (j’ai choisi cette vocation et j’y travaille avec un maximum d’acharnement) dans un texte imagé que voici :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Il y a quelques temps, lorsque j'ai commencé à envisager de vivre de mon art (enfin il faut bien le dire ce n'est toujours pas gagné même si je commence à tourner en illustration) s'est posé pour moi la question suivante : à quoi sert l'art dans une société ?&lt;br /&gt;
C'est une question qui peut sembler futile, mais elle m'est venue pour la simple raison que je n'aime pas l'idée de ne servir à rien du tout...&lt;br /&gt;
Au cours de cette réflexion une image m'est venue :&lt;br /&gt;
Si l'humanité était une terre, les artistes en seraient les volcans.&lt;br /&gt;
La création serait une irruption, les œuvres d'art un magma qui en se répandant brulerait les vieux champs et redessinerait les paysages...&lt;br /&gt;
Des terres modifiées et fertilisées où la végétation pourrait de nouveau s'enraciner, sans doute la même mais autrement agencée.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;
&lt;em&gt;... Parfois même de nouveaux ilots sortiraient de l'eau.&lt;br /&gt;
Bref, les productions artistiques seraient autant d'irruptions de la conscience collective... Et l'art le lieu initiateur de ses mutations.&lt;br /&gt;
C'est un idéal sans aucun doute. J'aimerai l'approcher.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;
&lt;br /&gt;
Pour parler moins imagé, je pense que l’art est donc un lieu d’accès aux choses profondes de l’humain, mais aussi qu’il participe à son évolution. Un exemple d’exotisme qui m’a récemment marqué est l’exposition des travaux de Kiki Smith au Whitney Museum à New York. Ce n’est pas un exotisme des peuples premiers, mais il va cependant de soi (enfin au moins pour moi) qu’il existe aussi de grandes différences culturelles même au sein de l’Occident… L’exposition m’a marqué 